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C’est ainsi qu’Éloa, forte dès sa naissance,
De son aile argentée essayant la puissance,^ Passant la blanche voie où des feux immortels Brûlent aux pieds de Dieu comme un amas d’autels, Tantôt se balançant sur deux jeunes planètes/ Tantôt posant ses pieds sur le front des comèvOS < Afin de découvrir les êtres nés ailleurs,
Arriva seule au fond des deux inférieurs.'^
L’Éther a ses degrés, d’une grandeur immense, \ Jusqu’à l’ombre éternelle où le chaos commence. Sitôt qu’un ange a fui l’azur illimité.
Coupole de saphirs qu’emplit la Trinité,
Il trouve un air moins pur; là passent des nuages, Là tournent des vapeurs, serpentent des orages, .‘•Comme une garde agile, et dont la profondeur ^De l’air que Dieu respire éteint pour nous l’ardeur. Mais, après nos soleils et sous les atmosphères Où, dans leur cercle étroit, se balancent nos sphères L’espace est désert, triste, obscur, et sillonné Par un noir tourbillon lentement entraîné.
Un jour douteux et pâle éclaire en vain la nue,
Sous elle est le chaos et la nuit inconnue;
Et, lorsqu’un vent de feu brise son sein profond.
On devine le vide impalpable et sans fond.
Jamais les purs esprits, enfants de la lumière,
De ces trois régions n’atteignent la dernière.
Et jamais ne s’égare aucun beau séraphin Sur ces degrés confus dont l’Enfer est la fin.
Môme les chérubins, si forts et si fidèles,
Craignent que l’air impur ne manque sous leurs ailes, Et qu’ils ne soient forcés, dans ce vol dangereux,
De tomber jusqu’au fond du chaos ténébreux.
Oue deviendrait alors l’exilé sans défense ?
Du rire des démons l’inextinguible offense,
Leurs mots, leurs jeux railleurs, lent et cruel affront, Feraient baisser ses yeux, feraient rougir son front. Péril plus grand! peut-être il lui faudrait entendre Quelque chant d’abandon voluptueux et tendre, Quelque regret du Ciel, un récit douloureux Dit par la douce voix d’un ange malheureux.
Et même, en lui prêtant une oreille attendrie,
Il pourrait oublier la céleste patrie,
Se plaire sous la nuit et dans une amitié Qu’auraient nouée entre eux les chants et la pitié.
Et comment remonter à la voûte azurée,
Offrant à la lumière éclatante et dorée
Des cheveux dont les flots sont épars et ternis,
Des ailes sans couleurs, des bras, un col brunis.
ELOA
Un front, plus pale, empreint de traces inconnues Parmi ies fronts sereins des habitants des nues,
Des yeux dont la rougeur montre qu’ils ont pleuré^ Et des pieds noirs encor d’un feu pestiféré ?
Voilà pourquoi, toujours prudents et toujours sages. Les anges de ces lieux redoutent les passages.
C’était là cependant, sur la sombre vapeur,
Que la vierge Éloa se reposait sans peur :
Elle ne se troubla qu’en voyant sa puissance.
Et les bienfaits nouveaux causés par sa présence. Quelques mondes punis semblaient se consoler ; Les globes s’arrêtaient pour l’entendre voler.
S’il arrivait aussi qu’en ces routes nouvelles Elle touchât l’un d’eux des plumes de ses ailes, Alors tous les chagrins s’y taisaient un moment, Les rivaux s’embrassaient avec étonnement;
Tous les poignards tombaient oubliés par la haine; Le captif souriant marchait seul et sans chaîne;
POÉSIES COMPLÈTES d’ALFRED DE VIGNY
Le criminel rentrait au temple de la loi ;
Le proscrit s’asseyait au palais de son roi;
L’inquiète insomnie abandonnait sa proie;
Les pleurs cessaient partout, hors les pleurs de la joie; Et, surpris d’un bonheur rare chez les mortels.
Les amants séparés s’unissaient aux autels.