‹ Poésies compleÌ€tesChapitre 45 sur 48 · A ÉVA · texte numérisé non relu

A ÉVA

Si l’orgueil prend ton cœur quand le peuple me nomrùc, Que de mes livres seuls te vienne ta fierté.

J’ai mis sur le cimier doré du gentilhomme Une plume de fer oui n’est pas sans beauté.

J’ai fait illustre un nom qu’on m’a transmis sans gloire. Qu’il soit ancien, qu’importe? il n’aura de mémoire Que du jour seulement où mon front Pa porté.

POÉSIES GOMPLETBS ü’aLFBED DE

Dans le caveau des miens plongeant mes pas nocturnes, J*ai compté mes aïeux, suivant leur vieille loi.

J'ouvris leurs parchemins, je fouillai dans leurs urnes Empreintes sur le flanc des sceaux de chaque roi.

A peine une étincelle à relui dans leur cendre.

C'est en vain que d’eux tous le sang m’a fait descendre ; Si j'écris leur histoire, ils descendront de moi.

ni

Ils furent opulents, seigneurs de vastes terres,

Grands chasseurs devant Dieu, comme Nemrod, jaloux Des beaux cerfs qu’ils lançaient des bois héréditaires Jusqu’où voulait la mort les livrer à leurs coups; Suivant leur forte meute à travers deux provinces, Coupant les chiens du roi, déroutant ceux des princes, Forçant les sangliers et détruisant les loups;

l’esprit PUa

Galants guerriers sur terre et sur mer, se montrèrent Gens d'honneur en tout temps comme en tous lieux, cherchant De la Chine au Pérou les Anglais, qu’ils brûlèrent Sur l’eau qu’ils écumaient du levant au couchant;

Puis, sur leur talon rouge, en quittant les batailles,

Parfumés et blessés revenaient à Versailles Jaser à l’CEil-de-bœuf avant de voir leur champ.

Mais les champs de la Beauce avaient leurs cœurs, leurs âmes, Leurs soins. Ils les peuplaient d’innombrables garçons.

De filles qu’ils donnaient aux chevaliers pour femmes,

Dignes de suivre en tout l’exemple et les leçons;

Simples et satisfaits si chacun de leur race Apposait saint Louis en croix sur sa cuirasse,

Comme leurs vieux portraits qu’aux murs noirs rous plaçons.

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Mais aucun, au sortir d’une rude campagne,

Ne sut se recueillir, quitter le destrier,

Dételer pour un jour ses palefrois d’Espagne,

Ni des coursiers de chasse enlever l’étrier Pour graver quelque page et dire en quelque livre Comme son temps vivait et comment il sut vivre, Dès qu’ils n’agissaient plus, se hâtant d'oublier.

Tous sont morts en laissant leur nom sans auréole; Mais sur le disque d’or voilà qu’il est écrit,

Disant : « Ici passaient deux races de la Gaule Dont le dernier vivant monte au temple et s’inscrit. Non sur l’obscur amas des vieux noms inutiles,

Des orgueilleux méchants et des riches futiles.

Mais sur le pur tableau des livres de I’esprit. »

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