LA RUSSIE ET LES RUSSES
PAR N. TOURGÜENIEF.
(Tome page 404.)
... Ce sont les femmes surtout, qui dans cette circonstance comme toujours, ont agi le plus éloquemment.
Une d'entns elles, belle et accomplie^ appartenant à une famille illustre, et nouvellement mariée à un des condamnés, N. M. (je crois Nicolas Mouravief), n’hésita pas un moment à le suivre en Sibérie, où son propre frère fut aussi envoyé. Là, elle donna le jour à un enfant.
La rigueur du climat, dans l’endroit où elle se trouvait, était très-défavorable à cette pauvre créature et à la mère elle»
Pendant longtemps, on sollicita pour cette famille la faveur d’être envoyée ailleurs, même dans cette affreuse Sibérie; ce fut toujours en vain. — La mort vint mettre un terme aux souffrances de cette femme héroïque.
Une autre, la jeune et riche épouse du prince Tr... (je pense Troubetzkoi% au moment où l’arrêt qui condamnait son mari lui fut connu, déclara qu’elle le suivrait, et accomplit sa résolution, malgré V opposition de ses parents, qui n’étaient que des courtisans.
Un jeune Français, qui se trouvait attaché comme secrétaire particulier au comte L. (peut-être Laval), père de madame T..., pensant aux difficultés qu’aurait pour elle un pareil voyage, l’accompagna également.
Il revint bientôt en France et put donner quelques rensei gnements sur la position des exilés. Lorsqu’elle fut arrivée à destiiïation, on dit à la princesse Tr... que, son mari devant rester prisonnier, elle pourrait se loger dans une maison particulière et qu’elle aurait la permission de le voir une ou deux fois par semaine.
Elle persista à vouloir entrer elle-même en prison pour être toujours auprès de lui.
On lui représenta vainement que, dans ce cas, elle ne pourrait conserver auprès d’elle personne pour la servir. — Elle accepta toutes ces conditions et continua longtemps à remplir elle- même les pénibles devoirs d’un ménage de prison.