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Poésies

Je suis chargé par un ami poétique de vous adresser et de recommander à vos soins ce recueil de poésies dont quelques pages détachées et recueillies avec empressement par les amateurs de beaux vers ont si vivement ému la curiosité du public. C'est à cette première impression que j’éprouvai moi-même à la lecture de l'Ange et V Enfant que j’ai dû les rapports bienveillans qui s’établirent entre l’auteur et moi. Frappé de l’élévation du sentiment, de la pureté transparente et de l’exquise harmonie du style , je ne doutai pas au premier moment que le poète ne fut un homme élevé dans les habitudes les plus littéraires, et mûrissant ses vers dans les doux et

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libres loisirs que donnent la fortune et une position sociale, Yaurea mediocritas , la condition d’Horace pour les poètes et les écrivains. J’allai au fond , je trouvai un jeune homme , né de lui-même, élevé dans l’atelier d’une humble famille dont tous les titres étaient des vertus , dont toute la richesse était un des métiers les plus vulgaires de la vie, et qui fatiguait ses propres bras à gagner le pain de sa femme et de ses enfans avant de se retirer le soir dans un coin de son laboratoire et de rêver, à la lueur de sa lampe , ces poésies qui s’en échappaient sur leurs propres ailes pour aller appeler l’attention et l’admiration sur le nom de leur auteur.

Comme le public et avant le public , je fus frappé de cette disparité entre l'homme et l’art , entre la position sociale et le noble exercice des plus hautes facultés de l'intelligence. J’en estimai l’homme davantage ; j’en aimai davantage la poésie. J'y entrevis de pins nn des premiers symptômes de ce beau phénomène social que la politique et les mœurs

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commencent à opérer dans le monde; l'exercice de la pensée et de l’ame s'associant par une instruction universelle à l’exercice des plus humbles métiers. L’égalité des intelligences lorsque la nature et Dieu les ont faites égales, se manifestant dans les lettres. Les nobles études appelant tous à tout, élevant le niveau commun , confondant les classes, faisant vivre du même pain intellectuel tous ceux qui vivent du même pain du jour, et réalisant dans le domaine de la pensée cette république des intelligences où les droits ne sont que des dons de Dieu , où les fonctions ne sont que des services , où la Dictature n’est que du Génie ; et je me réjouis.

Nous voyons dans l’antiquité, des hommes ayant exercé des métiers manuels, tenir ensuite la lyre, honorer Athènes et Rome, et conquérir l’immortalité à leur nom. Mais ces hommes avaient été élevés par une aristocratie qui les possédait et qui se faisait une vanité de leur gloire ; ils étaient la propriété de leur maître. 11 était réservé à nos temps modernes,

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à une civilisation fille clu christianisme et qui développe de siècle en siècle davantage en elle son principe d’égalité et de charité , de nous montrer des hommes qui, comme l’illustre boulanger de Nîmes , s’élèvent par leur propre force sans autre secours que celui de rim~ pulsion sociale de leur époque , et entrent dans la gloire sans autre patronage que leur siècle, et que leur génie.

Le public, je n’en doute pas, mon cher Gosselin , accueillera dans cette .pensée le phénomène social et littéraire que vous allez lui offrir dans ce volume. Il s’étonnera de l’homme , il admirera le poète, je l’espère avec autant de conviction que je le désire : ce sont les vœux du poète , ce sont les espérances de l'amitié.

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