SUR LA TROISIEME EDITION
Ces poëmes viennent d'être réimprimes, et voilà qu'on les imprime encore peu de jours après. Lorsqu'ils parurent il y a neuf ans, ils furent presque inaperçus du public.
Tout cela devait être. Les choses se sont bien passées. De part et d'autre on peut être content. Chaque idée a son heure.
C'est bien peu de chose qu'un livre comme celui-ci ; mais s'il plaît aujourd'hui, c'est qu'alors il étonna; c'est peut-être qu'il prévenait un désir de l'esprit général, et qu'en le prévenant il acheva de le développer; c'est qu'une goutte d'eau est remarquée lorsqu'elle jaillit au delà d'une mer ou d'un torrent, une étincelle lorsqu'elle dépasse les flammes d'un grand foyer.
Si ce n'était appliquer de trop vastes idées à un humble sujet, on pourrait dire encore que la marche de l'humanité dans la région des pensées ressemble à celle d'une grande armée dans le désert. D'abord la multitude s'avance et n'aperçoit ni ses éclaireurs perdus en avant d'elle, au delà de l'horizon, ni les traînards qu'elle sème en arrière sur sa route; elle sent bien le besoin du mouvement, mais elle en ignore le terme; chaque nouvel aspect, elle croit l'avoir découvert; elle prend possession de l'espace; et quoiqu'elle ne porte sa vue qu'à une étendue très bornée, elle marche incessamment dans des régions sans bornes; elle s'aperçoit qu'on l'a précédée seulement lorsqu'elle trouve l'empreinte des pas sur le sable, et un nom d'homme gravé sur quelque pierre; alors elle s'arrête un moment pour lire ce nom, et continue sa marche avec plus d'assurance. Elle dépasse bientôt les traces du devancier, mais ne les efface jamais. Que ce pas ait été rencontré à une grande ou courte distance, sur la montagne ou dans la vallée, qu'il ait fait découvrir un grand fleuve ou un humble puits, une vaste contrée ou une petite plante, une pyramide ou le bracelet d'une momie, on en tient compte à l'homme qui l'osa faire. Ce faible pas peut suffire à créer une haute renommée, tant la destinée de chacun dépend de tous.
Dans cette rapide et continuelle traversée vers l'infini, aller en avant de la foule c'est la gloire, aller avec elle c'est la vie, rester en arrière c'est la mort même.
F A /US, Elévation, par M. le Comte Alfred de Vigny, auteur de Cinq- Mars, d'Eloa, etc. Paris, Charles Gosselin, 1831. In-8° de 27 pages. Imprimerie Cosson. Journal de la Librairie, 16 avril 1831. Note préli-
minaire sur «ce poëme, sorte de rêve symbolique». Elévation Xl°. v. 7. le donjon; v. 20. sans ordre ni sans nombre; v. ^6. pousse la bascule; V. 81. esprits; v. 238. la souffrance et la mort.
La. Revue des Deux Mondes publie dans son numéro du i" janvier 1832 Les Amants de Montmorency , avec l'observation suivante en note : «En attendant la fin de la /" Consultation du docteur noir, qui paraîtra très prochainement, M. Alfred de Vignv nous adresse ce poème qui fait partie d'un nouveau recueil poétique intitulé Elévations, et nous prie de déclarer qu'il désavoue toute autre copie qui aurait pu paraître ailleurs.» Ce désaveu concernait-il les Annales romantiques de 1832, qui donnaient pareillement Les Amants de Montmorency, «élévation x, fragment d'un volume de Poèmes intitulé : Elévations))? Ou un curieux kecpsafcc légitimiste pour 18:? 2, l'Emeraiide, morceaux choisis de littérature moderne, où cette pièce voisinait avec des morceaux de prose et de poésie ouvertement politiques? La seule variante notable se trouve à l'avant-dernier vers :
Qu'elle montre aux passants en contant le trépas.
PoÈAlES , par M. le comte Alfred de Vigny. Bruxelles, E. Laurent, 183^. In-32 de 184, pages.
Signalé par Arthur Boitte, Bibliographie des ouvrages français contrefaits en Belgique dans le format in-^2 et connus sous le nom de Collection Laurent. Bruxelles, 1882. Ce volume manque à la Bibliothèque royale de Bruxelles, mais M. Boitte en possède un exemplaire. L'éditeur observe qu'il réunit, pour la première fois, l'ensemble de la production poétique de Vigny : en réalité, Paris seul est ajouté à l'Antiquité biblique (quatre poèmes), à VAntiquité homérique (quatre poèmes), au Déluge, à Eloa et au Livre moderne (huit poèmes). Il semble que cette édition ait été parfaitement autorisée par Vigny, alors que d'autres écrivains intentèrent des procès au « contrefacteur » bruxellois. Du moins, dans une lettre du 27 décembre 1856, il fera allusion à «la Belgique, qui a toujours été fort bonne pour moi...»
PoËAlES ANTIQUES ET AlODERNES, par le comte Alfred de Vigny. Paris, H. Delloye,V. Lecou, 1837. In-8° de vl-383 pages. Imprimerie d'Everat.
Tome I" des Œuvres complètes. Journal de la Librairie, 23 décembre 1837. II est possible que l'impression ait été retardée par les consé-
quences de l'incendie qui détruisit en février 1837 les ateliers d'Everat, Vigny se plaindra, moins d'un an plus tard, de la mollesse que semble apporter son éditeur Delloye à l'achèvement de l'édition. «Vous avez bien, écrit-il le 10 décembre 1838 à son ami Busoni, quelque. . . manière de savoir s'il s'occupe de préparer la publication de mes sept volmiies, dont six sont miprimés...» C'est ici qu'apparaît pour la première fois la préface qu'il gardera. Ensuite les trois divisions : Livre mystique, Livre antique, Livre moderne, dans lequel prennent place, tant bien que mal, les deux «élévations». La page de titre énumère, en deux colonnes assez gauches, les poèmes contenus dans le volume : c'est, à l'exception d'Héle'na et de L'Ode au Malheur, tout ce qui a paru dans les recueils antérieurs. La correction typographique est assez soignée.
Pour la première fois, l'article de journal relatif aux événements d'Espagne, dans Le Trappiste, est attribué au Moniteur. Pas de notes désignant, pour les passages de Pam, Lamennais, Constant, les saintsimoniens. Dolorida apparaît ici dans un texte fortement remanié, reprenant celui de 1829 aux vers 25 et suivants, abandonnant la fameuse périphrase : Dolorida n'a plus que ce voile incertain, etc. Dans La Prison, v. 103. ... on se parle tout bas...
Poésies complètes du comte Alfred de Vigny, Nouvelle édition. Paris, Charpentier, 1 841. In- 18 de 244, pages. Imprimerie de Béthune et Pion. Journal de la Librairie, 22 janvier 184,2. Au printemps de 1841, les pourparlers sont engagés entre le poète et l'éditeur Charpentier, qui a lancé sa bibliothèque in- 18 en 1838 (cf Marsan, Revue d'hist. litt. de la France, janvier-mars 19 13, p. 51)- Le traité, signé le 19 septembre pour une durée de deux ans et demi, accordait à l'auteur ^5 centimes par exemplaire et lui laissait sa liberté pour les formats autres que rin-i8. Le tirage de cette édition fut de 1603 exemplaires. L'Ode au Malheur est réintégrée, selon le regret exprimé par Sainte-Beuve le 15 octobre 1835 (cependant Vigny n'en avait rien fait en 1837). Dolorida est conforme à l'édition de 1837.
Poèmes antiques et modernes, par le comte Alfred de Vigny, de l'Académie française. Nouvelle édition. Paris, Charpentier, 1846. In-i8 de 244 pages. Imprimerie Crapelet. Journal de la Librairie, 12 septembre 1846. Cette édition, tirée à 1096 exemplaires, sera épuisée en 1851. Vigny est revenu à l'ancien titre, ses Poésies devant être « complétées » désormais par la série en cours de
préparation, les Poèmes philosophiques. Texte conforme à la précédente édition.
Vigny mentionne (lettre à Charpentier du 25 avril 1852) une édition «faite en 18.J.9 chez un imprimeur de Corbeil». Il semble impossible de trouver trace de cette édition , dont le souvenir est sans doute erroné.
Cependant, en dehors de ces réimpressions, de nouveaux poèmes paraissent dans le périodique de Buloz, sans trouver place de longtemps dans un volume.
La Revue des Deux Mondes commence le i^ janvier 1843 la publication des Poèmes philosophiques ; n" i , La Sauvage. En note, à la fin : n Les Poèmes philosophiques , dont celui-ci est le premier, formeront un recueil qui doit faire suite aux Poèmes antiques et modernes de M. de Vigny. » Pas de date de composition.
Des initiales majuscules à Azaléa, Sagamité, Père, Maître, Loi, République.