‹ PoëmesChapitre 25 sur 136 · LA FILLE DE JEPHTE · texte numérisé non relu

LA FILLE DE JEPHTE

Et ses bras à Jephté donnés avec tendresse, Suspendant à son col leur pieuse caresse : «Mon père, embrassez-moi! D'où naissent vos retards? «Je ne vois que vos pleurs et non pas vos regards.

« Je n'ai point oublié l'encens du sacrifice : «J'offrais pour vous hier la naissante génisse. « Qui peut vous affliger? Le Seigneur n'a-t-il pas «Renversé les cités au seul bruit de vos pas?»

— «C'est vous, hélas! c'est vous, ma fille bien-aimée? » Dit le père en rouvrant sa paupière enflammée;

« Faut-il que ce soit vous ! ô douleur des douleurs ! « Que vos embrassements feront couler de pleurs !

« Seigneur, vous êtes bien le Dieu de la vengeance : « En échange du crime il vous faut l'innocence. «C'est la vapeur du sang qui plaît au Dieu jaloux! «Je lui dois une hostie, ô ma fille! et c'est vous! »

— «Moi?» dit-efle. Et ses yeux seremplirent de larmes. Elle était jeune et belle, et la vie a des charmes.

Puis eHe répondit : «Oh! si votre serment «Dispose de mes jours, permettez seulement

«Qu'emmenant avec moi les vierges mes compagnes, «J'aille, deux mois entiers, sur le haut des montagnes, « Pour la dernière fois, errante en liberté, « Pleurer sur ma jeunesse et ma virginité !

«Car je n'aurai jamais, de mes mains orgueilleuses, «Purifié mon fils sous les eaux merveilleuses; «Vous n'aurez pas béni sa venue, et mes pleurs «Et mes chants n'auront pas endormi ses douleurs;

6o LIVRE ANTIQUE.

(( Et, le jour de ma mort, nulle vierge jalouse

« Ne viendra demander de qui je fus l'épouse,

« Quel guerrier prend pour moi le ciliée et le deuil :

« Et seul vous pleurerez autour de mon cercueil, w

Après ces mots, l'armée assise tout entière Pleurait, et sur son front répandait la poussière. Jephté sous un manteau tenait ses pleurs voilés; Mais, parmi les sanglots, on entendit : «Allez.»

Elle inclina la tête et partit. Ses compagnes, Comme nous la pleurons, pleuraient sur les montagnes. Puis elle vint s'offrir au couteau paternel. — Voilà ce qu'ont chanté les filles d'Israël,

Ecrit en 1820.

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