L.\ PRISON. I OC
LE MOURANT
Laissez en paix ma mort, on y laissa ma vie.»
— Et d'un dernier effort l'esclave délirant
Au mur de la prison brise son bras mourant.
«Mon Dieu! venez vous-même au secours de cette âme!»
Dit le prêtre, animé d'une pieuse flamme.
Au fond d'un vase d'or, ses doigts saints ont cherché
Le pain mystérieux où Dieu même est caché :
Tout se prosterne alors en un morne silence.
La clarté d'un flambeau sur le lit se balance;
Le chevet sur deux bras s'avance supporté,
Mais en vain : le captif était en hberté.
Resté seul au cachot, durant la nuit entière
Le vieux rehgieux récita la prière;
Auprès du Ht funèbre il fut toujours assis.
Quelques larmes souvent, de ses yeux obscurcis,
Interrompant sa voix, tombaient sur le Saint Livre;
Et, lorsque la douleur l'empêchait de poursuivre,
Sa main jetait alors l'eau du rameau béni
Sur celui qui du Ciel peut-être était banni.
Et puis, sans se lasser, il reprenait encore,
De sa voix qui tremblait dans la prison sonore.
Le dernier chant de paix; il disait: aO Seigneur!
Ne brisez pas mon âme avec votre fureur;
Ne m'enveloppez pas dans la mort de l'impie.»
Il ajoutait aussi: «Quand le méchant m'épie,
I lO LIVRE MODERNE.
Me terez-vous tomber, Seigneur, entre ses mains? C'est lui qui sous mes pas a rompu vos chemins; Ne me cliâtiez j)onit,car mon crnue est son crime. J'ai crié vers le Ciel du plus profond abîme. O mon Dieu! tirez-moi du milieu des méchants!» Lorsqu'un rayon du jour eut mis tin à ses chants, 11 entendit monter vers les noires retraites ; Et des voix résonner sous les voûtes secrètes. Un moment lui restait, il eût voulu du moins Voir le mort qu'il pleurait, sans ces cruels témoins; Il s'approche, en tremblant, de ce fils du mystère Qui vivait et mourait étranger à la terre; Mais le Masque de fer soulevait le linceul, Et la captivité le suivit au cercueil.
Ecrit en 1821, à Vinccnnes.