‹ PoëmesChapitre 65 sur 136 · DESTINEE D'UN ROI · texte numérisé non relu

DESTINEE D'UN ROI

Ainsi je t'appelais au port et, sur la terre, Fille de l'Océan, je te montrais mes bois. J'y roulais la Maison errante et solitaire.

— Des dogues révoltés j'entendais les abois.

— Je voyais, au sommet des longues galeries. L'anonyme drapeau des vieilles Tuileries Déchiré sur le front du dernier des vieux Rois.

L'Oracle est à présent dans l'air et dans la rue. Le passant au passant montre au ciel tout point noir. Nous-même en mon désert nous lisions dans la nue, Quatre ans avant l'éclair fatal. — Mais le Pouvoir S'enferme en sa Doctrine et, dans l'ombre, il calcule Les problèmes sournois du jeu de sa bascule, N'entend rien, ne sait rien et ne veut rien savoir.

C'était l'an du Seigneur où les songes livides Écrivaient sur les murs les trois mots flamboyants; Et l'heure où les sultans , seuls sur leurs trônes vides, Disent au ciel muet : «Où sont mes vrais croyants?» — Le temps était venu des sept maigres génisses. Mais en vain tous les yeux lisaient dans les auspices; L'aveugle Pharaon dédaignait les Voyants.

Ulysse avait connu les hommes et les villes, Sondé le lac de sang des Révolutions, Des saints et des héros les cœurs faux et servîtes Et le sable mouvant des Constitutions.

Et pourtant, un matin, des royales demeures.

Comme un autre en trois jours, il tombait en trois heures, Sous le vent empesté des déclamations.

Les Parlements jouaient aux tréteaux populaires,

A l'assaut du Pouvoir par l'applaudissement.

Leur tribune savait, par de feintes colères,

Terrasser la Raison sous le raisonnement.

Mais leurs coups secouaient la poutre et le cordage,

Et le frêle tréteau de leur échafaudage

Un jour vint à crier et croula lourdement.

LES ORACLES

Les Doctrines croisaient leurs glaives de Chimères Devant des spectateurs gravement assoupis : Quand les lambris tombaient sur eux, ces gens austères Ferraillaient comme HamIet,sous la table accroupis. Poursuivant, comme un rat, l'argument en détresse, Ces fous, qui distillaient et vendaient la sagesse, Tuaient Polonius à travers le tapis.

O de tous les grands cœurs Déesses souverames, Qu'avez- vous dit alors, ô Justice !ô Raison! Quand, par ce long travail des ruses souterraines, Sur le maître étonné s'effondra la maison, Sous le trône écrasant le Divan doctrinaire Et l'écu d'Orléans, qu'on croyait populaire Parce qu'il n'avait plus fleur de lys ni blason ?

vni

Reines de mes pensers,ô Raison! ô Justice!

Vous avez déployé vos balances d'acier

Pour peser ces Esprits d'audace et d'artifice

Que le Destin venait enfin d'humilier,

Quand son glaive, en coupant le fuseau des intrigues.

Trancha le nœud gordien des tortueuses ligues

Que leurs ongles savaient lier et délier.

,(^6 l'OËMES PHILOSOPHIQUES.

Vous avez dit alors, de votre voix sévère :

«Malheur à vos amis, comme à vos alliés,

Sophistes qui parlez d'un ton de sermonnaire!

II a croulé, ce sol qui tremblait sous vos pieds.

Mais tomber est trop doux pour l'homme à tous funeste ;

De la punition vous subirez le reste,

Corrupteurs! Vos délits furent mal expiés.

((Maîtres en longs discours à flots intarissables!

Vous qui tout enseignez, n'aviez-vous rien appris?

Toute Démocratie est un désert de sables :

II y fallait bâtir, si vous l'eussiez compris.

Ce n'était pas assez d'y dresser quelques tentes

Pour un tournoi d'intrigue et de manœuvres lentes

Que le souffle de flamme un matin a surpris.

((Vous avez conservé vos vanités, vos haines \u fond du grand abîme où vous êtes couches, Comme les corps trouvés sous les cendres romaines. Debout sous les caveaux de Pompéia caches. L'œil fixe, lèvre ouverte et la main étendue, Cherchant encor dans l'air leur parole perdue. Et s'évanouissant sitôt qu'ils sont touchés.

LES ORACLES. 197

«Partout où vous irez, froids, importants et fourbes,

Vous porterez le trouble. En des sentiers étroits

Des coalitions suivant les lignes courbes,

Traçant de faux Devoirs et frappant de vrais Droits,

Gonflés d'orgueil mondain et d'ambitions folles.

Imposant par le poids de vos âpres paroles

A l'humble courageux la plus lourde des croix.

«Peuple et Rois ont connu quels conseillers vous êtes, Quand sous votre ombre en vain votre Prince abrité, Aux murs du grand banquet et des funestes fêtes Cherchant quelque lumière en votre obscurité. Lut ces mots que nos mains gravèrent sur la pierre, Comme autrefois Cromwell sur sa rouge bannière : Et nunc, Reges mwidi, nunc intelligite ! »

2^ fé%

ipS POEMES PHILOSOPHIQUES.

Page 1