‹ PoëmesChapitre 78 sur 136 · L'ESPRIT PUR · texte numérisé non relu

L'ESPRIT PUR

Mais aucun, au sortir d'une rude campagne, Ne sut se recueillir, quitter le destrier, Dételer pour un jour ses palefrois d'Espagne, Ni des coursiers de chasse enlever l'étrier. Pour graver quelque page et dire en quelque livre Comme son temps vivait et comment il sut vivre, Dès qu'ils n'agissaient plus, se hâtant d'oublier.

VU

Tous sont morts en laissant leur nom sans auréole. Mais sur le Livre d'or voilà qu'il est écrit. Disant : « Ici passaient deux races de la Gaule Dont le dernier vivant monte au temple et s'inscrit. Non sur l'obscur amas des vieux noms inutiles, Des orgueilleux méchants et des riches futiles. Mais sur le pur tableau des titres de I'esprit. »

Ton règne est arrivé, pur esprit, roi du monde! ( Quand ton aile d'azur dans la nuit nous surprit. Déesse de nos mœurs, la guerre vagabonde Régnait sur nos aïeux. Aujourd'hui, c'est l'ÉCRiT, L'ÉCRIT UNIVERSEL, parfois impérissable, Que tu graves au marbre ou traces sur le sable, Colombe au bec d'airain! visible saint-esprit!

Seul et dernier anneau de deux chaînes brisées, Je reste. Et Je soutiens encor dans les hauteurs, Parmi les maîtres purs de nos savants musées, L'idéal du poète et des graves penseurs. J'éprouve sa durée en vingt ans de silence, Et toujours, d'âge en âge, encor je vois la France Contempler mes tableaux et leur jeter des fleurs.

Jeune postérité d'un vivant qui vous aime! Mes traits dans vos regards ne sont pas effacés; Je peux en ce miroir vie connaître moi-même, Juge toujours nouveau de mes travaux passés! Flots d'amis renaissants! Puissent mes destinées Vous amener à moi, de dix en dix années. Attentifs à mon œuvre, et pour moi c'est assez!

10 mars 1863.

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