AMOUR CONSTANT
J'aime un front sans voiles qui luit, Comme, en sa quatorzième nuit, La lune, au désert de Médine.
Ils deviendraient tous insensés, Les Saints à la Mecque entassés, S'ils voyaient sa beauté divine !
Son sourcil ressemble au trait fin Contourné par un écrivain, D'un doigt léger que rien ne trouble.
Le salpêtre a teint ses cils longs, Et ses prunelles sont deux plombs *Que lance au cœur un mousquet double.
Ses bras, aux contours élégants, Brillent comme des yataghans Au nocturne éclat des étoiles.
A tous elle vient au-devant.
Gomme s'avance, sous le vent, Une frégate à pleines voiles.
Si dans lair flottent ses cheveux, Comme les crins du cou nerveux Des cavales que rien n'arrête , — Un cachet sur un parchemin Est plus grand, a moins de carmin Que sa bouche rouge et discrète.
Tatoué de fleurons d'azur, Son sein cache, en son marbre pur, Un cœur dur comme un cœur de datte.
Ces fleurons, jeux d'un montagnard, Indiquent les coups de poignard Qu'à mon. cœur a donnés l'ingrate.
Gomme un malade, avec langueur
Je l'ai regardée rigueur!
Elle m'a vu d'un œil de glace....!
Je vais dire au Cadi : « Seigneur, » Elle a pris et retient mon cœur, « Sans me donner le sien en place. »
Je vais, — pour finir mon tourment, — Sur mon bras faire un monument, Témoin que de la fuir je jure !
Charbon ardent, viens le former!
Quand je voudrai me renflammer, Je regarderai ma brûlure.
Lorsque je serai mort d'amour, Si de mon tombeau, quelque jour, Celle que j'aime tant s'approche, Je lui dirai tout bas : « Lella!
« De vos yeux un martyr est là!....
Mais non sur un ton de reproche!
Yailahl
MISSION DU ZÊPHIR.
Zéphir caressant les roses Dont s'embaume mon jardin, Chante mille douces choses Au cœur qui fait mon destin.
A cette belle des belles.
Qui d'amour m'apprit les pleurs, Va porter de mes nouvelles Avec l'encens de mes fleurs.
Quels parfums, quelle harmonie
Lui feraient la cour —cher démon!
Si j'étais comme un génie Au temps du roi Salomon!