‹ Poèmes antiquesChapitre 19 sur 45 · A MADAME A. DE B · texte numérisé non relu

A MADAME A. DE B

Sentiers furtifs des bois, sources aux frais rivages, Et vous, grottes de pampre où glisse un jour vermeil; Platanes, qui voyez, sous vos épais feuillages, Les vierges de l'Hybla céder au doux sommeil;

Ce dieu ne m'endort plus dans vos calmes retrailes, Quand midi rayonnant brûle les lourds rameaux. Ecoutez, ô forêts, mes tristesses secrètes ; Versez votre silence et l'oubli sur mes maux.

Mes jours ne coulent plus au gré des heures douces. Moins clair était le flot qui baigne les halliers, Dont l'écume d'argent, parmi les vertes mousses. Abreuve les oiseaux et les cerfs familiers.

Et mes yeux sont en pleurs, et la Muse infidèle A délaissé mon sein d'un autre amour empli : Fuyez, jeunes chansons, fuyez à tire d'aile ; Pour la joie et pour vous mon cœur est plein d'oubli.

Paiicz-nioi de Clylie, ô vallée, ô colline! Fomaine trop heureuse, aux reflets azurés, N'as-tu pas sur tes bords, où le roseau s'incline, De Clytie en chantant baisé les pieds sacrés?

Des monts siciliens c'est la blanche Immortelle! Compagnons d'Erycine, ô cortège enchanté, Désirs aux ailes d'or, emportez-moi vers elle : Elle a surpris mon cœur par sa jeune beauté.

Corinthe et l'Ionie et la divine Athènes Sculpteraient son image en un marbre éternel ; La trirème sacrée, inclinant ses antennes, L'eût nommée Aphrodite et l'eût placée au ciel.

Clyfie a d'hyacinthe orné ses tempes roses, Et sa robe est nouée à son genou charmant; Elle effleure en courant l'herbe molle et les roses, Et le cruel Eros se rit de mon tourment !

0 nymphes des forêts, ô filles de Cybèle, Quel dieu vous poursuivra désormais de ses vœux ? 0 déesses, pleurez : plus que vous elle est belle! Sur son col, à flots d'or, coulent ses blonds cheveux.

Ses lèvres ont l'éclat des jeunes aubépines Où chantent les oiseaux dans la rosée en pleurs ; Ses beaux yeux sont tout pleins de ces clartés divines Que l'urne du matin verse aux buissons en fleurs!

Li' rire ('l)louissant rayonne sur sa joue. Une forme parfaite arrondit ses bras nus; Son épaule est de neige et l'aurore s'y joue; Des lis d'argent sont nés sous ses pas ingénus.

Elle est grande, et semblable aux fières chasseresses Qui passent dans les bois vers le déclin du jour; Et le vent bienheureux qui soulève ses tresses, S'y parfume aussitôt de jeunesse et d'amour.

Les pasteurs attentifs, au temps des gerbes mûres. Au seul bruit de sa voix délaissent les moissons, Car l'abeille hybléenne a de moins frais murmures, Que sa lèvre au matin n'a de fraîches chansons.

Le lin chaste et flottant qui ceint son corps d'albâtre, Plus qu'un voile du temple est terrible à mes yeux : Si j'en touche les plis mou cœur cesse de battre; J'oublie en la voyant la patrie et les dieux!

Eros, jeune Immortel, dont les flèches certaines Font une plaie au cœur que nul ne peut fermer, Incline au moins son front sur l'onde des fontaines : Oh! dis-lui qu'elle est belle et qu'elle doit aimer!

Si rien ne peut fléchir cette vierge cruelle,

Ni le syrinx flatteur, ni les dons amoureux,

Ni mes longs pleurs versés durant les nuits pour elle...

Eros! j'irai guérir sur des bords plus heureux.

Non! je consumerai ma jeunesse à lui plaire, Et cliérissanL le joirg où m'ont lié les dieux, J'irai bientôt l'attendre à l'ombre tutélaire De tes feuillages noirs, Hadès mystérieux !

Sous les myrtes sacrés s'uniront nos mains vaines; Tu tomberas, Clytie, en pleurant sur mon cœur... Mais la mort aura pris le pur sang de nos veines. Et des jeunes baisers la divine liqueur!

xu

LES EOLIDES

0 brises flottantes des deux, Du beau printemps douces haleines, Qui de baisers capricieux Caressez les monts et les plaines;

Vierges , filles d'Eole , amantes de la paix ,

La nature clernelle à vos chansons s'éveille;

Et la dryade , assise aux feuillages épais ,

Verse aux mousses les pleurs de l'aurore vermeille.

Effleurant le cristal des eaux Comme un vif essaim d'hirondelles , De TEurotas aux verts roseaux Revenez-vous, vierges fidèles?

Quand les cygnes sacrés y nageaient beaux et blancs , Et qu'un dieu palpitait sur les fleurs de la rive , Vous gonfliez d'amour la neige de ses flancs Sous le regard charmé de l'Epouse pensive.

L'air où murmure votre essor S'emplit d'arôme et d'harmonie :

Revenez-vous de l'Ionîe, Ou du vert Hymette au miel d'or?

Eolides, salut! ô fraîches messagères,

C'est bien vous qui chantiez sur le berceau des dieux;

Et le clair Ilyssos, d'un flot mélodieux,

A baigné le duvet de vos ailes légères.

Quand Theugénide au col de lait Dansait le soir auprès de l'onde, Vous avez sur sa tête blonde Semé les roses de Milet.

Nymphes aux pieds ailés, loin du fleuve d'Homère, Plus lard, prenant la route où l'Alpliée aux flots bleus Suit Aréthuse au sein de l'étendue amère, Dans l'ile nourricière aux épis onduleux;

Sous le platane où l'on s'abrite Des flèches vermeilles du jour, "Vous avez soupiré d'amour . Sur les lèvres de Théocrite.

lapyx et Zéphyre , Euros au vol si frais , Rires des Immortels dont s'embellit la terre, C'est vous qui fîtes don au pasteur solitaire Des loisirs souhaités à l'ombre des forêts.

Au temps où l'abeille murmure Et vole à la coupe des lis, Le Mantouan , sous la ramure , Vous a parlé d'Amaryllis.

Vous avez écouté , dans les feuilles blotties , Les beaux adolescents de myrtes couronnés , Enchaînant avec art les molles reparties, Ouvrir en rougissant les combats alternés ;

Tandis que drapés dans la toge , Debout à l'ombre du liallier, Les vieillards décernaient l'éloge, La coupe ornée ou le bélier.

Vous agitiez le saule où sourit Galatée ; Et des nymphes baisant les yeux chargés de pleurs Vous berçâtes Daphnis, en leur grotte écartée. Sur le linceul agreste, étincelant de fleurs.

Quand les vierges aux corps d'albâtre Qu'aimaient les dieux et les humains , Portaient des colombes aux mains, Et d'amour sentaient leurs coeurs battre:

Vous leur chantiez tout bas en un songe charmant Les hymnes de Vénus , la volupté divine , Et tendiez leur oreille aux plaintes de l'amant Qui pleure au seuil nocturne et que le cœur devine.

Oh ! combien vous avez baisé De bras, d'épaules adorées, Au bord des fontaines sacrées, Sur la colline au flanc boisé!

Dans les vallons d'Hellas, dans les champs italiques, Dans les îles d'azur que baigne un flot vermeil , Ouvrez-vous toujours l'aile, Eolides antiques? Souriez-vous toujours au pays du soleil ?

0 vous que le thym et l'égile Ont parfumés, secrets liens Des douces flûtes de Virgile Et des roseaux siciliens:

Vous qui flottiez jadis aux lèvres du génie , Brises des mois divins , visitez-nous encor ; Versez-nous en passant, avec vos urnes d'or. Le repos et l'amour, la grîice et l'harmonie!

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