LE « PETIT ÉPICIER » FAIT SES PAQUES
Les ostensoirs, les Sacrés-Cœurs aux airs dévots, Les cloches et tout le fourbi des cathédrales Inspirent à mon cœur des sentiments nouveaux Qui consolent mes défaillances uréthrales.
Des vicaires qui n'ont jamais rien inventé M'instruisirent sur les douleurs du Purgatoire. La foi des humbles, la savate humilité, Angélisent mon rein, que trop supinatoire!
Et c'est pourquoi je vais dans le petit local
Ingurgiter tout mon bon Dieu, le Fils, le Père,
Et l'Esprit, qui souvent, chez Xau, se fait la paire.
Comme Jonas, évacué par son rorqual, Je bafouille pour la clientèle abrutie : Ma fistule au « petit Jésus » sert de régal,
Et tous mes fondements sont pleins d'eucharisîie.
8'i rOÈM-SS ARISIOPUANfcSgUES
BALLADE
rOUR MAGNIFIER LE « CERVEAU-CIÎEF »
Ernest Lafïeur, Labranclie ou Lajeunesse, Et Laverdure, et Poilaunez, et Bec, Et Jean Rameau vanté pour sa finesse, Et le cafard, et le snob, et le grec, Suivent Barrès-psjchopompe, leur cheik.
Tous, à l'envi, pour humer la gadoue Et récolter du pognon dans la boue.
Citent Hegel, avec des mots pédants; Mais lui poussif, bientôt cane et s'enroue : C'est un requin avec de fausses dents.
A TRAVLRS LES GUCUNS C5
Il enviait, au temps de sa jeunesse, Les marg-otons et ceux qui font avec.
Son estomac, qu'emplit le lait d'âaesse, Di'g'obillait cervoise et jerez sec.
Vénus lui fut généreuse en échec.
N'ombra jamais sa lèvre ni sa joue Le poil follet dont Musette s'engoue.
Mais la Boulange, emmi ses claquedents, Le vit monter « en esquivant la roue » : C'est uu requin avec de fausses dents.
Les électeurs, de Port- Vendre à Gonesse, Fidèlement reconduisent son breack.
Lourdauds impurs ! Faut-il qu'on méconnaisse Goethe et Morny panachés de Gobseck, Barrés enfin, tribun, dandie ou mec.
Son avaloire, où le chicot se joue.
Laisse filtrer une adorable moue, Et, comme il fut nanti d'instincts prudents, Au milieu des Ramollots, il s'ébroue :
C'est un requin avec de fausses dents.
ENVOI
Napoléon ! Bandit qu'un pleutre loue, Vois ! Ervnnis ton phantasme dévoue A ce Barrés, frère des Péiadans :
Et l'histrion sur ta peau fait la roue I C'est un requin avec de fausses dents.
RÉSURRECTION
A Lucien Guitry.
Le Salut n'a rien sauvé
Miche LET. Je n'aime pas les réputations Eurfaites .
Jules Vallès.
En ce temps-là, Jésus s'en revint sur la terre.
Malgré les francs-maçons et les fils de Voltaire, A ^rand renfort d'écus, le monde entretenait Des curés adipeux dans chaque presbytère.
Les moines qui n'ont pas la senteur de l'aneth, Tant l'usage des bains leurs couennes importune, Faisaient que le Veau d'Or crachât au bassinet.
Les bourgeois apportaient un louis, une thune F.t les frocards, oblats, maristes, capucins, Ratichonnaient comme des porcs sur leur fortune.
Ils mendiaient au nom exhilarant des Saints, Saint Guodegrin ou saint Antoine de Padoue Et la crotte faisait provigner leurs essaims.
9® POÈMES ARISTOPUANESQUES
Ils trituraient comme des ang-es la g-adoue.
Car, tu le sais, Mœrdès, vainqueur de Ploudaniel,
Ce ne sont point des lys que leur dextre secoue.
Ils prodiguaient le déjeuner d'Ezéchiel
Aux mécréants que désoblige la cuculle,
Tant leur zèle est fervent pour l'intérêt du ciel.
Donc, Jésus, par un soir d'avril, au crépuscule,
Apparut, tel, jadis, lorsque Rome ferma
Le Temple de la Guerre, au front du Janicule.
Autour de lui, grouillaient talapoin, uléma, Et les nonnes qui font crever leurs orphelines. Et ce Flamidien qu'un seul jour proclama.
La troupe noire des monges, des ursulines. Les épiscopes, les « Mères » du Bon-Pasteur Se confondaient en révérences patelines.
Tous, avec de grands mots, attestaient que cet heur
Inattendu comblait leurs âmes de liesse.
Ils chantaient faux : « Noël! Voici le Rédempteur! »
Les chanoines, jouxtant leurs bedeaux et leur nièce.
Archedeacon et Syveton, les généraux
Dont l'honneur à l'instar d'un torchon se rapièce;
RESURRECTION
Le grand caïmacan des mouchards, Puybaraud, Et Barrés que l'amour comme la politique Abandonne à moitié chemin sur le carreau ;
Adelsward, collecteur de l'ég-out socratique, Item^ Charles Maurras qui sent mauvais du né Et Coppée, avec sa fistule eucharistique;
Bruchard dont les yeux cuits, le teint de raisiné Font voir la crapule et Boubou, le vieux qui bave, Se ruaient aux genoux du Maître inopiné.
Les cercleux, les putains, les flics et ce burgrave Arthur Mever, autour du divin sleeping-car, Semblaient les héritiers de Scapin ou de Dave.
C'était beau comme pour les marins russes. Car Jésus, par l'Orient-express, avait fait route, Ayant, pour mieux dormir, lu tes vers, Jean Aicard
Il voulait, après deux mille ans, purger un doute, Qui lui restait sur le bonheur du genre humain Et savoir si son œuvre avait fait banqueroute.
Il entrait dans Paris. Sur son nouveau chemin.
Le public des grands bars et des grandes premières,
Diligemment se présentait au baisemain.
9 2 POÈMliS ARIST0PHANESQUS8
Tous les « honnêtes gens » éclos de leur tanière Entouraient le nabi vêtu d'un burnous blanc (Il ignorait encor la Belle Jardinière).
Le cardinal de pourpre, et le juge insolent, Et le nonce, et la présidente et l'amirale, Cependant que vibrait un carillon hurlant.
Conduisirent Jésus devant la cathédrale.
N'entre pas dans ce lieu de ténèbre et de mort!
Toi qui pleuras, un jour, d'angoisse ou de remord, Quand perlaient à ton front des sueurs d'agonie, Vaincu par l'abandon et par le déconfort :
N'entre pas dans ce lieu d'où ton âme est bannie I Viens avec nous, avec le Pauvre qui t'aima I Viens goûter avec nous l'espérance infinie.
Tes prêtres comme ceux de Zeus et de Brama Se nourrissent de vol, de crime et d'imposture, Et couvent leurs trésors au champ d'Iïaceldâma.
RKSUr.RECTION
Ils oiitrag-ent l'amour, la vie et la nature, Ils insultent la pécheresse aux tendres yeux Et dans le fruit naissant cachent la pourriture.
Sur un trône ouvragé de métaux précieux,
Vêtus d'or, ululant des hymnes violentes
Leur cri nocturne aboie au chaste jour des cieux.
Ils te gardent captif sous leurs voûtes croulantes
Et leur haine a planté des épines encor
Dans tes mains que des clous de rubis ensanglantent.
Arrache-les, ces clous ! Laisse le vain décor Du mensonge, de la laideur et de la honte. Sous les arbres en fleurs pleure la voix du cor.
Le matin rose et bleu comme un sourire monte. C'est le nouveau printemps, ô frère d'Adonis, Un avril de douceur et de justice prompte.
Fletourne aux insurgés, aux souffrants, aux bannis.
Anarchiste IL'amour brode sa villanelle.
^iens, te mêlant aux chœurs des hommes rajeunis,
IJhanter Y alléluia de la Pâque éternelle.