‹ Poèmes barbaresChapitre 57 sur 66 · LES ASCÈTES · texte numérisé non relu

LES ASCÈTES

Te vous salue, amants désespérés du ciel! Vons disiez \Tai : le cœur de l'homme est mort et viJe Et la terre maudite est comme un champ aride Où la ronce inféconde, et qu'on arrache en vain. Dans le sillon qui brûle étouffe le bon grain. Vous disiez vrai : la vie est un mal éphémère. Et la femme bien plus que la tombe est amère ! Aussi, loin des cités aux bruits tumultueux, Avec le crucifix et le bâton noueux.

Et du nimbe promis illuminant vos têtes. Vous fuyiez vers la mort, pâles anachorètes ! Pour que nul œil humain ne vous revit jamais. Vous montiez çà et là sur d'inféconds sommets. Et, confiant votre âme aux souffles des orages. Laissiez dormir vos os dans les antres sauvages ; Ou parfois, en songeant, sur le sable embrasé, Que tout lien charnel ne s'était pas brisé, Que le siècle quitté recevait vos hommages. Qu'un tourbillon lointain de vivantes images D'un monde trop aimé repeuplait votre cœur, Que le ciel reculait, que l'homme était vainqueur; Troublant de vos sanglots l'implacable étendue. Vous déchiriez vos flancs d'une main éperdue. Vous rougissiez le sol du sang des repentirs; Et le désert, blanchi d'ossements de martjrs. Ecoulant ses lions remuer vos reliques.

S'emplissait dans la nuit de visions bibliques.

Le Nazaréen.

QUAND le Nazaréen, en croix, les mains clouées, Sentit venir son heure et but le vin amer, Plein d'angoisse, il cria vers les sourdes nuées, Et la sueur de sang ruissela de sa chair.

Mais dans le ciel muet de l'infâme colline Nul n'ayant entendu ce lamentable cri> Comme un dernier sanglot soulevait sa poitrine, L'homme désespéré courba son front meurtri.

Toi qui mourais ainsi dans ces jours implacables, Plus tremblant mille fois et plus épouvanté , O vivante Vertu ! que les deux misérables Qui, sans penser à rien, râlaient à ton côté.

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