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L ABSOLUTION

UN vieux moine à Vœ'û cave, aux lèvres ascétiques, Muet, et tel qu'un spectre en ce monde oublié, Vêtu de laine blanche, en sa stalle ployé. Tient sa croix pectorale entre ses doigts étiques.

Sur la face amaigrie et sur le front blafard De ce corps épuisé que la tombe réclame, Éclate la vigueur immortelle de l'âme; Un indomptable orgueil dort dans ce froid regard.

Le souci d'un pouvoir immense et légitime L'enveloppe. 11 se sent rigide, dur, haï. Il est tel que Moïse, après le Sinaï, Triste jusqu'à la mort de sa tâche sublime.

Rongé du même feu, sombre du même ennui. Il savoure à la fois sa gloire et son supplice. Et couvre l'univers d'un pan de son cilice. Ce moine croit. Il sait que le monde est à lui.

Son siècle étant féroce et violent, mais lâche. Ayant moins de souci du ciel que de l'enfer. Il ne le mène point par la corde et le fer : Sa malédiction frappe mieux que la hache.

Seul, outragé, proscrit, errant au fond des bois. Il parle, et tout se tait. Les fronts deviennent pâles. Il sèche avec un mot les sources baptismales Et fait hors du tombeau blanchir les os des rois.

La salle est large et basse ; un jour terne l'éclairé. Au dehors neige et vent heurtent les durs vitraux. . Le silence au dedans, où, sur onze escabeaux, Des prélats sont assis en rang mi-circulaire.

Ceux-ci, sous un étroit capuchon rouge et noir. Et leurs robes couvrant leurs souliers jusqu'aux pointes, Immobiles, les yeux fixes et les mains jointes, Semblent ne rien entendre et semblent ne rien voir .

LES DEOX GLAIVES. 3O9

Avec ses longs cheveux où l'épine est mêlée. De l'arbre de la Croix, la plaie ouverte au flanc. Fantôme douloureux, tout roide et tout sanglant, Jésus étend les bras sur la morne assemblée.

Tête et pieds nus, un homme est là, sur les genoux. Transi, le dos courbé, pâle d'ignominie. Ce serf est un César venu de Germanie, L'Empereur dont les rois très chrétiens sont jaloux.

Sans dague et sans haubert, la chevelure rase. Avilissant sa race autant que ses aïeux. Ce chef des braves gît, les larmes dans les 5'eux, Sous le pied monacal qu'il baise et qui l'écrase.

Et César porte envie au pâtre obscur des monts Qui, de haillons vêtu, sent battre son coeur libre Et l'air du vaste ciel où son chant monte et vibre Retremper sa vigueur et gonfler ses poumons.

— Saint Père, j'ai péché, dit-il d'une voix haute; J'ai pris une lueur de l'Enfer pour flambeau ; J'ai profané la crosse et j'ai souillé l'anneau; Saint Père! j'ai péché par ma très grande &ute.

J'ai cru, l'épée au poing et le globe en ma main, Et d'un geste réglant les nations soumises, Qpe les choses de Dieu m'étaient aussi permises; Le Diable pour me perdre a frayé mon chemin.

JIO POÈMES BARBARES.

J'eusse mieux fait, n'était mon attache charnelle Et le mauvais orgueil d'envahir mes voisins, D'aller vers l'Orient chasser les Sarrasins Qui font trôner Mahom sur la Tombe éternelle.

J'ai parjuré ma foi, j'ai menti grandement Quand j'en donnai parole au Siège apostolique; Mais, par l'incorruptible et céleste relique. Par le vrai bois de Christ, je tiendrai mon serment.

Saint Père ! me voici comme je vins au monde. Faible et nu, devant toi, mon juge et mon recours. J'ai prié sans relâche et jeûné quatre jours. Je me suis repenti : guéris ma lèpre immonde.

Roi des âmes. Vicaire infaillible de Dieu, Toi qui gardes les clefs de la Béatitude, Si l'expiation soufferte est assez rude. Grâce 1 sauve ma chair et mon âme du feu !

Et le César, heurtant les dalles de la tête. Baise les pieds du moine et reste prosterné. L'autre le laisse faire et dit : — Sois pardonné 1 La majesté du Siège unique est satisfaite.

Ce n'est point devant l'homme impuissant, faible et vicu Que l'Empereur armé du glaive s'humilie; C'est aux pieds de Celui qui lie et qui délie. Tant que vivra la terre et que luiront les cieux.

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