‹ Poèmes choisisChapitre 39 sur 59 · LE ROUET D'OMPHALE · texte numérisé non relu

LE ROUET D'OMPHALE

Il est dans ratrium, le beau rouet d'ivoire,

La roue agile est blanche, et la quenouille est

noire :

La quenouille est d'ébène incrustée de lapis. Il est dans l'atrium sur un riche tapis.

Un ouvrier d'Égine a sculpté sur la plinthe Europe, dont un dieu n'écoute pas la plainte. Le taureau blanc l'emporte. Europe, sans espoir. Crie, et baissant les yeux, s'épouvante de voir L'Océan monstrueux qui baise ses pieds roses.

Des aiguilles, du fil, des boîtes demi-closes. Les laines de Milet, peintes de pourpre et d'or, Emplissent un panier près du rouet qui dort. Cependant, odieux, effroyables, énormes.

Dans le fond du palais, vingt fantômes difformes. Vingt monstres tout sanglants, qu'on ne voit qu'à

demi, Errent en foule autour du rouet endormi ; Le lion néméen, l'hydre affreuse de Lerne, Cacus, le noir brigand de la noire caverne, 1 Les Contemplations {Autrefois), IL iii.

Le triple Géryon, et les typhons des eaux,

Qui, le soir, à grand bruit, soufflent dans les

roseaux ; De la massue au front tous ont Pempreinte horrible ; Et tous, sans approcher, rôdant d'un air terrible Sur le rouet, où pend un fil souple et lié. Fixent de loin, dans l'ombre, un œil humilié.

[Juin i8. . .

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