‹ Poèmes civiquesChapitre 32 sur 34 · A GRETCHEN · texte numérisé non relu

A GRETCHEN

retchen, pensive à sa fenêtre, Effeuille poétiquement Une fleur du Rhin allemand Et rêve à son seigneur'et maître.

Docteur ou prince palatin,

Fritz ou Faust, il est en campagne;

Il a fait son petit butin

Dans la Bourgogne et la Champagne.

3j4 Toèmes, civiques.

. Gretchen, la belle aux cheveux d'or, Vient d'écrire, et sa main savante, Sa main que l'encre tache encor, A cité Schiller, Gœthe, Dante ;

Prouvant qu'on ne saurait ailleurs Que dans la vieille Germanie Trouver l'amour vrai dans les cœurs, Dans les cerveaux le vrai génie.

Maintenant, savez-voùs pourquoi, Sa douce lettre étant écrite, Elle interroge avec émoi L'oracle d'une marguerite?

La fleur lui dit si son amant, Dans les châteaux qu'il déménage, Lui fait bonne part du pillage. .

Un peu, beaucoup, énormément !

04 Gretchen. 3y$

Fritz n'a pas des instincts féroces, Gretchen n'a pas les doigts fripons ; Mais il faut encor des jupons A son mince trousseau de noces.

Elle voudrait, pour les grands jours, Quelques fins mouchoirs de batiste; Les dentelles sur le velours Font très-bien... Gretchen est artiste.

Une perle d'un certain prix Manque à son tortil de baronne; On peut la trouver dans Paris.. ♦ Cette exécrable Babylone !

Oui, blonde Gretchen, vous aurez Plus que Fritz n'ose vous promettre, Tous les trésors énumérés Dans le pathos de votre lettre.

Vos princes, vos héros germains Savent user de leurs victoires ; Us ont pris de leurs nobles mains Notre linge dans nos armoires.

Calicot, batiste et linon, Tout a passé chez leurs payses ; Les payses n'ont pas dit non...

Gretchen, vous portez nos chemises!

Pour une femme de la cour, Franchement, vous n'êtes pas fière, Gretchen î Margot la vivandière Entend mieux l'honneur et l'amour.

Si le sapeur, qui la courtise, Lui disait, las de trop souffrir :

« Belle Margot, pour vous l'offrir J'ai pris à Gretchen sa chemise. »

04, Gretchen. 3-jj

Tout irait mal, j'en ai grand'peur ; Et Margot, couleur de l'aurore-, Gratifierait le beau sapeur

D'un soufflet rapide et sonore.

Nos femmes à nous, Dieu merci, Ont le cœur plus haut que les vôtres Et ne consentent pas ainsi A porter les nippes des autres.

Jamais grisettes de Paris N'ont écrit en Saxe, en Thuringe, Pour prier amants ou maris De vous dérober votre linge.

Car nous avons aussi, — pardon Au graff, au margraff, vos ancêtres, — Dormi chez vous sous i'édredon Et parlé, quelquefois, en maîtres.

3y8 Toèmes civiques.

Nous avons doucement passé Dans vos manoirs quelques années, Et, dit-on, nous avons laissé Vos jupes un peu chiffonnées.

Du moins nous ne les volions pas, Et vous n'avez pas porté plainte.

Vous avez reçu sans contrainte Les honneurs dus à vos appas.

Ceci, généreuse Allemande, Soit dit sans vous donner du noir :

Ce n'est pas qu'on vous redemande Fichu, camisole, peignoir!

Gardez à jamais, nobles dames, Nos rubans, nos chapeaux fanés; Si nous les rapportions, nos femmes Nous les jetteraient par le nez.

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