‹ Poèmes d'amourChapitre 31 sur 94 · DÉSIRS SECRETS · texte numérisé non relu

DÉSIRS SECRETS

Désirs secrets

J E sens parfois en vous comme une âme inconnue, Au secret de vous-même ardemment contenue, Q,ui voudrait se cacher de moi jalousement, Une âme à rendre heureuse avec des mots d'amant, Frissonnante, éperdue, et, d'avance, asservie, Peut-être malgré vous, mais pour toute la vie, A qui viendrait, par force, un jour la délivrer, Une âme infatigable et prompte à s'enivrer — A l'heure où le désir tressaille aux mains en fièvres ■ Du bien que font au cœur les lèvres sur les lèvres... Mais, depuis si longtemps, je suis trop votre ami. J'aime trop le chagrin par moi-même endormi En votre âme — la vraie — anxieuse et meurtrie : Vous ne vous sentez pas le droit d'être guérie, Et je ne me sens pas le droit de vous aimer... Nous nous taisons, laissant nos coeurs se refermer.

88 LE SONGE DE l'aMOUR

Sans Rupture

1 o u s deux nous serons las, peut-être, quelque jour Moi de ma solitude, et vous de mon amour Qu'un obstiné tourment .vous force à méconnaître Je sens, du fond de vous, trop de passé renaître Qui, même si nos cœurs voulaient s'appartenir, Ferait sur chaque aveu peser un souvenir Et nous séparerait d'une double rancune... Des paroles en moi retombent, une à une. Au poids des lourds secrets qu'elles n'ont point trahis Je sais, de plus en plus, que je vous obéis En ne vous disant rien qui puisse vous atteindre. Je sais que vous souffrez vous-même de me plaindre Que nous souffrons tous deux sans pouvoir nous guéri Nous serons las, peut-être un jour, de tant souffrir Vous ne me direz rien : j'aurai compris moi-mêm( Qu'au lieu de s'apaiser, depuis que je vous aime.

SANSRUPTURE 89

Toute votre douleur s'est attisée encor. Longuement, j'emplirai mes yeux du cher décor Pour qu'il survive autour de votre image claire ; Et puis je m'en irai sans haine, sans colère, Sans rupture, et mes pas tâcheront d'oublier Désormais le chemin si longtemps familier.

Avant l'Adieu

Di vous avez compris ma détresse avant l'heure Où, libre du passé, vous m'auriez attendu, S'il faut que je m'en aille et s'il faut que je pleure Sans espoir, même au loin, sur mon amour perdu;

Si plus faible qu'hier, calme après la surprise De vous sentir moins seule en votre isolement, Malgré vous, malgré moi, votre âme s'est reprise, Si vos yeux désormais se donnent tristement;

Si le rêve obstiné dont vous êtes la proie Après tant de sanglots vous est resté si cher Que je ne puisse rien pour fleurir d'une joie Votre corps trop fidèle et votre cœur amer;

AVANT l'adieu 9I

Si, comme une eau sensible en qui tout se reflète, Vous ne recevez plus des choses d'ici-bas Qu'un rapide frisson, qu'une image incomplète Qui tremble et se déforme et ne demeure pas ;

Si votre inquiétude a peur d'être guérie, Si le passé vous tient d'un regret trop profond, Si vous doutez encor des mots que je vous crie, Du droit de les entendre et du bien qu'ils vous font,

Du moins souvenez-vous que j'avais su me taire, Et que, pour m'arracher à mon triste secret, Il fallut entre nous le trouble involontaire D'une même espérance et d'un même regret.

D'où venait cet oubli de nous-mêmes? Était-ce Que nos coeurs étaient las d'une vaine amitié? Je me sentais vous plaindre avec plus de tristesse, Vous détourniez la tête avec plus de pitié.

J'avais plus de faiblesse et moins de vigilance. Vous aviez le désir, peut-être passager. De vous savoir aimée au fond de mon silence. ]'ai senti ce jour-là vos yeux m'interroger.

LE SONGE DE l'AMOUR

Je ne vous en veux pas; vous êtes sans reproches Je saurai, s'il le faut, m'effacer comme avant; Mais tous les mots d'hier qui nous ont faits si proches, Vous-même à votre insu les appeliez souvent.

DEJOURENJOUR 93

De Jour en Jour

Vous m'avez dit : « Partez demain.

Il faut que votre amour m'évite, Mais ne m'oubliez pas trop vite. »

Et vous m'avez tendu la main.

Tout votre corps tremblait en elle :

]e la sentais, entre mes doigts, Ardente et peureuse à la fois, Battre et frissonner comme une aile.

Mes yeux ont rencontré vos yeux Brûlés de larmes contenues; Nos âmes se sont mieux connues Dans ce long regard anxieux.

94 LE SONGE DE l'amour

Nous sommes restés sans rien dire, Tous deux, face à face, longtemps Immobiles et haletants...

Puis j'ai tâché de vous sourire.

Et vous, rassurée à demi, En cette minute suprême.

Vous m'avez attiré vous-même Auprès de vous, d'un geste ami.

Et ce fut entre nous le tendre,

Le calme adieu de chaque soir...

Demain je reviendrai m'asseoir

Chez vous, dans l'ombre, et vous attendre.

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