LA NEIGE AU LOIN
Profitons bien des soirs intimes de décembre. Mon désir est trop las pour se mettre en chemin; Ma main sur tes genoux n'espère que ta main, U mes rêves frileux ne quittent plus la chambre.
l6 LE SONGE DE l'amour
Réveil
1 u dors. Je te regarde. Aux plis de l'oreiller Ta figure d'enfant s'est toute rajeunie. J'ai baisé lentement ta paupière brunie, Et ma main te caresse avant de t'éveiller.
Tu ne reconnais pas la chambre ni moi-même; Ta pensée et tes jeux s'entr'ouvrent à regret; Toute lointaine encor de ton rêve secret, Surprise, tu prends peur d'entendre que je t'aime.
Tout recommence un peu du passé puéril. Tes effarements d'âme et tes pudeurs charnelles; On dirait que la vie hésite en tes prunelles Et qu'elle a mis en toi le trouble d'un péril.
Tu sens confusément se presser à tes lèvres Des noms chers autrefois qui ne te sont plus rien, Et tressaillir au fond de ton cœur ancien Des souvenirs épars de doutes et de fièvres.
Puis tu t'allonges toute en un frissonnement, Et ton corps s'alanguit dans un vague bien-être; Sur tes yeux éblouis du jour qui. les pénètre Tes cils voluptueux palpitent doucement.
Et tu souris, et c'est une minute exquise : Notre amour se ranime en ton cœur incertain, Si jeune, si nouveau dans l'éclat du matin Que j'ai l'illusion de t'avoir reconquise.
l8 LE SONGi: Dïï l'amour
Auprès de toi
•J E t'aime d'être douce et triste, et d'avoir mis
Dans notre intimité discrète L'illusion du rêve et du bonheur permis, D'avoir été la sœur qu'à vingt ans on regrette.
Je t'aime d'être bonne et simple en tes bienfaits,
Et de mêler aux moindres choses, A tout ce que je pense, à tout ce que je fais, Un parfum de jeunesse et d'invisibles roses.
La nuit d'inquiétude où s'égaraient mes pas
Autour de la maison perdue Était pleine de gens qui ne répondaient pas : Les mains q'«!ie j'espérais fuyaient ma main tendue.