‹ Poèmes d'amourChapitre 66 sur 94 · MALENTENDU · texte numérisé non relu

MALENTENDU

Malentendu

^ o N visage avait Tair d'implorer et d'attendre. C'était l'heure du soir qui tombe, l'heure tendre Où les femmes ont peur de leur isolement : Triste, je me sentais devenir son amant. Ses yeux brillaient parfois d'un long regard avide Puis se perdaient au loin dans l'ombre; sa main vide Semblait abandonnée, au bord de ses genoux... Heure suprême, où rien qu'à nous parler de nous Nos deux bouches déjà n'étaient plus étrangères! Premier baiser des voixl Fausses gaîtés légères I Je sentais sous les mots qu'elle disait tout bas Tressaillir d'autres mots qu'elle ne disait pas. Ses gestes, ses regards, ses moindres attitudes. Tout peuplait en mon cœur ces mornes solitudes

198 LE CHEMIN DE l'oUBLI

Que d'anciens amours nous laissent derrière eux. L'obscur besoin d'aimer encore, d'être heureux, De croire, d'obéir, tout me rapprochait d'elle. Je redevenais humble et pour toujours fidèle ; Je ne savais plus rien; j'oubliais sans remord Que notre amour, d'avance, était né pour la mort, Et je n'ai pas compris sur sa bouche pâmée Qu'elle n'aimait en moi (jue l'espoir d'être aiméCo

SCMMEÎL 199

Sommeil

i-^ouRD sommeil du plaisir, viens endormir ma peine. Mes espoirs, mes regrets, jusqu'à mes vains remords; Multiplie et prolonge en ma vie incertaine Tes passagères morts.

Tu m'as guéri déjà, viens me guérir encore! Toi seul es bon, toi seul charmes fidèlement; Apaise en moi ce cœur douloureux et sonore De poète et d'amant.

Sur l'oreiller profond couche-moi sans pensée; Mets sur mes yeux un voile aux choses d'alentour,- Et qu'enfin je repousse en mon âme offensée Ce qui monte d'amour.

Premiers Baisers

£1 LLE m'a dit : « Je veux que tu m'aimes, je veux... )> Son visage adouci riait dans ses cheveux Qu'elle avait dénoués sur son épaule nue... Elle avait dans les yeux cette grâce ingénue, Cette espiègle gaîté des premiers rendez-vous; Et tous les deux, sans être inquiets ni jaloux. Nous regardions ma main reposer dans les siennes. Et nous nous racontions nos âmes anciennes, Indulgents l'un à l'autre, avec la volonté De nous connaître tels que nous avions été. Légers et confiants, nous sentions nos pensées Quitter soudain le poids des tristesses passées ; Nous ne savions plus rien ; nous étions deux enfants, Avec des rires purs et des yeux triomphants.

PREMIERS lîAISERS 20I

Rajeunis d'une joie inattendue et claire,

Fiers d'être l'un à l'autre et contents de nous plaire.

L'amour n'était pour nous, au loin, dans l'avenir,

Qu'un éternel bonheur quotidien d'unir

Nos lèvres et peut-être, un jour, plus tard, nos viesl

Tout s'égayait pour nous de caresses ravies...

lille m'a dit : « Je veux que tu m'aimes... » Et moi,

j'ai pu la regarder, l'entendre, sans effroi!

Déclin

\J E suis venu trop tard en des âmes vieillies Que mon crédule amour ne pouvait rajeunir. Le rêve était glané, les fleurs étaient cueillies; Je me croyais l'espoir, j'étais le souvenir.

Ma tendresse éveillait de furtives tendresses; Je troublais un moment des cœurs vite apaisés : Les corps s'étaient donnés de toutes leurs caresses, Et les bouches avaient rendu tous les baisers.

Je venais quand l'amour n'est plus tout dans la vie, A l'heure où le cœur doute et s'est connu changeant; Et je voulais n'aimer qu'une femme asservie Aux caprices jaloux de mon rêve exigeant

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