‹ Poèmes de bohêmeChapitre 37 sur 78 · LE BAL DES SQUELETTES · texte numérisé non relu

LE BAL DES SQUELETTES

Ma douce, au bal des squelettes,

Ce soir, veux-tu venir ?

Jehan de Vitteaux y racle son rebec :

Ma douce mie, veux-tu venir ?

Les morts en ribambelle Se sont masqués de visages chers ; Les bouches ébréchées se sont faites belles Et les mains ont remis gants mignons de chair.

SQUELETTES FLEURIS Il5

Borgnes et béquillards seront ivrognes Jusqu'au matin ; Coupes de Chypre cognent Et font tinter gobelets pansus d'étain.

Guillaume de Lorris cueille la pimprenelle, Et ce nain si fol de Tidogolain Turlupine Colombine sous la venelle, Pendant que Pierrot sirote au loin.

Mais comme Jehan de Vitteaux a cassé

Son archet ensorceleur,

Tous les trépasses Ont laissé choir masques et fleurs...

... Et maintenant toi, ma douce mie, Ma pauvre morte d'amour, Reviens donc faire l'endormie

En ton cercueil brodé de velours.

Que pouvaient m'importer tes yeux (des pervenches Et ta bouche qui ne m'ont que leurré, S'il me reste ton squelette — fine branche De lilas blanc, que je puis adorer.

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