LE RETOUR
La main tremblante au gantelet Doucement a frôlé la clé.
— Ma mie, dormez-vous ?
Alors lepousée épie aux serrures, Sans voir — pourtant — son chevalier.
Pour s'endormir elle ôte du corsage Les roses, et les joyaux des parures,
l38 POÈMES DE BOHÊME
Et le brocard qu'elle découd ; Mais ce qu'elle a oublié, C'est le gage d'amour de son page, Ce beau ruban vert qu'elle porte au cou.
La main tremblante au gantelet Doucement a tourné la clé.
— Ma mie, dormez-vous ?
Elle est aux courtines qui rêve des elfes, Avec sa bouche grande comme une fleur, Avec aux seins ses doigts en trèfle Comme une griffe au poing de l'oiseleur. Elle est aux courtines qui fait la dormante Aux yeux fermés, sans qu'on sache jusqu'où Son corps d'infante souple mente, Avec son gage d'amour faux au cou.
La main tremblante au gantelet A tourmenté le glaive au fer ciselé.
SQUELETTES FLEURIS l39
— Ma mie, dormez-vous ?
Lui, c'est un vieux seigneur qui revient de guerre ; Au cimier du casque, l'autour A replié ses ailes qui naguère S'éployaient aux châteaux d'alentour ; Mais malgré l'âge et la tête balafrée,
Sa main tremblante a pris le glaive, — et d'un coup Il a mis à l'épousée si adorée Ce joli ruban de sang rose au cou...
La main tremblante au gantelet Au fond du lac a jeté la clé. ..
— Ma mie, dormez-vous?