L'ANE ET LA FÉE
Un âne vint manger une rose au verger
D'une fée ; les nains à coups de verge et de ronces
Coururent en cortège lui rosser les reins.
Et firent tant à cris et cors gonflant les joues, Que leur musique et celle du baudet encor Réveilla la fée qui dormait au frais du jour.
Vint aussitôt fort surprise en savoir la cause,
Et riant à loisir de ses nains dépités
Elle emplit ses mains de roses pour le baudet.
Pais l'ayant fait d'or et de soie blanche brider Elle renvoya ses nains sots avec leurs branches Et baisa son nouvel ami sur le naseau.
De sorte que le soir chacun d'eux fut conter Bas à l'oreille à quelque sylphide dormant Comme une abeille en sa cabane, la merveille
D'une fée qui s'était énamourée d'un âne.
LE FABLIAU DES FOUS 167