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LES FILEUSES

J'aime le bourdon des rouets frêles Le soir, auprès des tapisseries Quand les doigts las emmêlent entre elles Oiselles et roses de féeries.

J'aime ouïr les contes des fileuses Radotant au grésil des chandelles Les histoires d'amour fabuleuses De dames et de pages fidèles.

l8o POÈMES DE BOHÈME

Au ronflement des rouets fragiles Les bouches aux quenottes cassées Marmonnent à l'heure des vigiles Leurs vieillottes chansons cadencées.

C'est l'aventure de Loys le page Qui mourut d'amour fol pour sa belle Recevant une fleur en message, Ou celle de Jehan et d'Isabelle.

Les lèvres ont des contes sans nombre ; L'heure coule de songes frôlée.

Et si la porte s'ouvre dans l'ombre, Les mains s'arrêtent ensorcelées.

Car chacune des frêles iîleuses

Croit entendre venir, comme au conte,

Avec la fleur d'amour fabuleuse

Aux doigts, quelque page ou quelque comte

Qui s'agenouillera devant elle Pour déposer sur ses mains flétries Le baiser, toujours jeune et fidèle, De l'amoureux tardif des féeries.

l82 POEMES DE BOHEME

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