‹ Poèmes de la Révolution, 1789-1796Chapitre 12 sur 73 · A M. CH ALLEM EL-LACOU R · texte numérisé non relu

A M. CH ALLEM EL-LACOU R

Nous nous sommes égorgés dans les ténèbres.

Cambom.

Hier la République est née Et déjà ses fils les plus forts Dans une guerre déchaînée Consument de tristes efforts

Et perdent en luttes stériles L'heure, le jour, le mois, le temps, L'histoire, et leurs flammes viriles Avec leurs rêves de printemps.

Le fouet des Discordes néfastes L'un contre l'autre va pousser Ces compagnons enthousiastes Dont les noms semblaient s'enlacer.

Les frères d'armes de la veille Ne songent plus que trahison :

La défiance les réveille Pour leur faire boire un poison.

La Convention est usée Par ce duel quotidien I Deux partis, la France épuisée, Là-bas l'Anglais, l'Autrichien,

L'Europe ! et la France est meurtrie Des coups de ses fils les plus beaux.

voir le corps de la Patrie Se déchirer en deux lambeaux I

Le voir et crier qu'on s'accorde.

Et crier toujours vainement, . Comme ce hurleur de concorde, Danton, cœur terrible et clément.

Pauvre tribun, nul ne t'écoute :

Tous à ta voix indifférents Vont s'entreheurtant sur la route Par où reviennent les tyrans.

Dans l'étroite et tragique enceinte Se font face sur les gradins La double élite à jamais sainte, Les Montagnards, les Girondins.

Entre eux, le Soupçon, l'Erynnie Qui fera de tous ces héros De leur vertu, de leur génie, Quoi?... de la pâture à bourreaux.

Le Soupçon hagard perpétue Ces chocs aveugles de géants.

Ils se lancent un mot qui tue, Brunswick, Dumouriez, Orléans,

Tous affamés de république.

Tous ivres du même idéal.

Voulant le grand bonheur civique.

Rêvant l'étemel Floréal !

A leur élan s'ouvrait l'espace

Et l'impossible était permis !

Espoir qui s'éteint et qui passe !

Drame des frères ennemis !

Unis, leur audace féconde

Eût recréé le genre humain.

Ils auraient soulevé le monde,

Le monde... en se donnant la main.

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