‹ Poèmes de la Révolution, 1789-1796Chapitre 34 sur 73 · LES KÊYES DE SA.INT-JUST · texte numérisé non relu

LES KÊYES DE SA.INT-JUST

A VALERY VERNIER

Pensif et Toeil fixé sur Tidéale amante, La Justice, il suivait son rêve dans les camps. Comme un songeur cherchant des fleurs sur les volcans Ou lisant dans les cieux au fort de la tourmente.

Tout en plongeant parmi les bataillons épais, Enthousiaste avec une grave furie, Il rêvait, au sortir de la noire tuerie, La rose et rougissante aurore de la paix ;

Sous cette Iieureuse aurore une vertu secrète Pénétrant dans le cœur du vieux peuple gaulois, Un désir infini de s'aimer sous des lois Fraternelles, ainsi qu'aux saisons de la Crète ;

Tout homme à soi sévère, aux autres indulgent, Sur le front des vieillards la sagesse honorée ; Plus de corps affamé, d*âme désespérée, Et le riche disant : « Mon frère » à l'indigent.

Il rêvait le bonheur du monde, églogue austère Et tendre, où tous passaient, femmes, adolescents. Mères dans la beauté des travaux innocents, La mort sanglante ayant disparu de la terre ;

Le supplice, ce monstre épouvantable à voir, Ayant fui pour jamais tous les climats serviles Et seul, se hasardant sur la nuit dans les villes, Le meurtrier flétri par un long voile noir.

Il rêvait la cité se découvrant une âme

Maternelle soudain pour l'enfant pauvre et nu.

Pour l'orphelin, pour toi, bâtard, triste inconnu.

Et pour la vierge en proie au séducteur infâme.

vu

Page 1