‹ Poèmes de la Révolution, 1789-1796Chapitre 73 sur 73 · PARIS EN · texte numérisé non relu

PARIS EN

Rôdent en murmurant quelques YÎeux Jacobins,

Gens à tête tondue et nullement urbains :

On les siffle, on les hue, on les roule, on les rosse,

On fouaille au besoin leurs femmes^ Un féroce

Girondin, dans sa foi sottement entêté,

Louvet en sa boutique est sans cesse insulté :

Le chef des insulteurs a nom, je crois, de Sade.

Comme la guerre est chose importune et maussade, A Frascati Ton boit à Tespoir d'une paix Autrichienne ayant en croupe les Gapets.

On boude la victoire aux habits bleus, manante Qui fait la nique aux rois et devient fort gênante. Ge Marceau s'assimile aux derniers polissons. Fi ! Ton se venge avec des refrains de chansons Et répigramme ailé au corselet de guêpe.

Plus d'une ose arborer un éventail de crêpe, Plus d'un les fleurs de lis, et les moins retenus Souvent hélas 1 ce sont les riches parvenus, Fils de Quatre-Vingt-Neuf répudiant leur père.

Bah I nunc est bibendum : aussi Méot prospère Et Garchy fait merveille et Léda fait florès. Des glaces! des soupers! des primeurs! du xérès! Qu'aux fiers guillotinés la terre soit légère... is mange, il dévore, et, quand Pans digère,

FAKI3 EN 96.

Ce Paris l'éacteuc « aux oreilles de cliien », Se sent les aiguillons d'un aimable Taurien.

II se pMt aux jardins, près des chastes statues, A calquer les contours des femmes peu vêtues Sous les tissus collants strictement arrondis Et voit de Mahomet s'ouvrir le Paradis ; Ou bien, rassasié de blanches muscadines, Il court ouïr Garât dans les n Visilandines », Ou mieux, avec Brunet et le gai Tiercelin Le vaudeville cher au Français né malin Gomme un produit facile et purgé de chimère.

Ce Paris est gâté, pourri, bon pouf Brumaire!

A VICTOR HUQO

La Traie Répub1iqae« la Bépoblîqae des intelligences !

LAMABTiHt, Dûeoun deMâcon»

A rheure où, consumant un reste d'énergie, La République aux bras défaillants se lassait, Où chaque jour la France aux refrains de Torgie Vers Tabîme ondoyant des Sirènes glissait;

A rheure où triomphante et gonflant sa narine, Reine sur im esssdm de femmes en péplum.

Blanche danç son boudoir rose, Thermidorine "nstallait Sybaris au débris du Forum;

Un homme pauvre et seul dans une étroite chambre, Gomme dans sa cellule un Franciscain songeur, Rêvait un âge d'or éclos d'un deux Septembre, Utopiste candide et furieux vengeur.

Il rêvait, au sortir des suprêmes tueries, L'azur indéfini d'un bonheur innocent, L'épanouissement soudain des bergeries Et des fleuves de lait sur un sol teint de sang.

Il voyait, à travers l'universelle idylle.

Parmi des citoyens rustiques et frugaux, Heureux sous la houlette aimable d'un édile, Surgir de toutes parts la cité des Egaux,

La cité des Égaux, une ville du Rêve, < Où les hommes marqués pour un destin -commun Recommençaient l'histoire à la mamelle d'Eve, La terre étant à tous et l'outil à chacun;

La cité des Égaux, une Sparte agricole, Presque un couvent avec un tribun pour abbé, Au champ, à l'atelier, au temple, dans l'école. Tenant sur le niveau tout un peuple courbé ;

356 6RACCHUS BABEUF.

Et par une stupide et sauvage exigence, Gomme Ton proscrirait Tabus ou le hasard, Suspectant dans ses murs la libre Intelligence Et décrétant d'exil le fils des Muses, TArt!

L'art qui fut la vertu des vieilles Républiques, Inspirant les héros par un suprême don, Aux yeux d'Harmodios livrant les Pentéliques, Aux regards de Brutus déroulant le Phédon.

Oh ! qui méconnaît TArt est à jamais impie !

Qu'elle aille donc rouler dans un gouffre fatal, Babeuf, ta cité despotique, utopie D'un bonheur trop grossier pour n'être pas brutal.

Mais la mort purifie, ô chercheur d'impossible, Et tu peux contempler d'un piédestal bien haut Ces trembleurs qui s'en vont prenant ton nom pour cible. Quel sublime dédain tombe d'un échafaud I

Les moyens réprouvés, ton but était superbe ;

Et nous, par un soleil nouveau de Floréal,

Sans coucher les palais de marbre blanc dans l'herbe,

Nous saurons accomplir mieux que ton idéal.

Sans reléguer le chœur des Muses avilies, Sans vouer tous les bras aux champêtres hoyaux, Sans ravir aux blancheurs des femmes embellies Les gazes, les satins, les moires, les Joyaux, .

Sans arracher le Luxe et TArt, fleurs de la vie, Sans frapper la Beauté d'un ostracisme en deuil, Vainqueurs, nous éteindrons, ô pauvre, ton envie ; Nous verrons disparaître, ô riche, ton orgueil ;

Que tout le genre humain soit aristocratie I Que chaque paysan naisse patricien I C'est là notre espérance et notre prophétie Dans les écroulements futurs du monde ancien ;

Car donnant à tout être ici-bas la lumière, L'art, l'amour, le travail, un monde jeune et neuf. Nous saurons mieux construire immaculée et fière La cité des Égaux du vieux Gracchus Babeuf! .

, Ils sont les possesseurs de l'espace et du temps ; Ils marchent dans l'histoire, et les âges distants

Font leur immense proie ; Car leur savoir leur donne, étant illimité, Le grave enchantement de la sérénité

Et la solide joie.

Non I rien n'est plus obscur et rien n'est plus faus L'intelligence a hu les secrets du passé :

Plus d'erreur acharnée.

Plus d'ombre ! nos grands morts dans une vision Distincte ont reconnu la Révolution

Chez eux tous incamée.

Tous ils sont épris et du Juste et du Beau ; Donc point de factions, plus loin que le tombeau !

Point de pactes contraires.

Ils se sont dit avec de doux apaisements ; « Astres, révélez-nous vos longs enchaînements ;

Car nous sommes vos frères 1 »

Et les baisers de paix s'échangent, et les mains S'enlacent ; ces géants, l'un pour l'autre inhumains Entre leurs cœurs relient

RÉCONCILaTlON

A M. VlCrOI^ 9CHCFLCHER

Dans Tasile inconnu que Socrate espérait,

Que tout bas pressentit Gaton, quand il mourût,

Que Scipion vit liiire, Prévu par Thraséas, par Sénèque promis, Ils se sont rencontrés ces frères ennemis

Égaux dans le martyre.

Familiers de l'orage accueillis dans le port, Ils ont enïin connu le calme de la mort Qui met trêve au mensonge, Dè^eux de notre esprit vient rompre la cloison. Les dyre, et, par delà le terrestre horizon, 2)a(S rinfîni les plonge.

Ils sont les possesseurs de l'espace et du temps ; Ils marchent dans Thistoire, et les âges distants

Font leur immense proie ; Car leur savoir leur donne, élant illimité, Le grave enchantement de la sérénité

Et la solide joie.

Non I rien n'est plus obscur et rien n'est plus faussé ; L'intelligence a bu les secrets du passé :

Plus d'erreur acharnée, Plus d'ombre ! nos grands morts dans une vision Distincte ont reconnu la Révolution

Chez eux tous incarnée.

Tous ils sont épris et du Juste et du Beau ; Donc point de factions, plus loin que le tombeau !

Point de pactes contraires.

Ils se sont dit avec de doux apaisements :

(( Astres, révélez-nous vos longs enchaînements ;

Car nous sommes vos frères I »

Et les baisers de paix s'échangent, et les mains S'enlacent ; ces géants, l'un pour l'autre inhumains, Entre leurs cœurs relient

Un pacte indéfini de sagesse et d'amour Et là, sous le pourpris du lumineux séjour, Ils se réconcilient.

Enseignement des morts et leçon des vivants ! Pour mieux nous épargner les discords décevants,

Songeons que dans un temple Ces immortels aïeux nous regardent, croyant Que le tardif accord de leur chœur souriant

Sert de rhythme et d'exemple.

Deux cents ans auront Tait leur œuvre ; abondamineiil . Fleuve aux nappes d'azur, le vaste enseignement

Sur les hommes et sur lea Temmes Aura coulé, partout le plus intelligent.

Le plus pur, l'être aux mœurs limpides dirigeant

Cette inondation des âmes.

La République en (leur sera l'Ordre idéal, Pour l'homme rajeuni créant le Droit natal,

Mais dressant cette hiérarchie Permanente des Arts, des Vertus, des Talents, Et vous montrant d'en haut, degrés étincelants,

A l'ascension aiïranchie ;

Mais surtout, aa-desEUS de ces droits absolus,

Des dons que le génie assure à ses élus

Et des fiertés dignes de Rome, i>ur la plus blanche cime et les plus biens somnaets, It^publtque sereine et sublime, tu mets

Les étemels Devoirs de l'Homme.

Le Droit primant la Force obéit an Devoir

Son maître, et c'est ainsi que les cieux pourront voir

En un merveilleux équilibre ÏjH grand rêve accompli du platonicien, Fidèle aux mœurs, soumise aux lois, docile au Bien,

La race humaine \raiment libre.

Itépublique des bons, ouvre tes larges bras I Ces miracles tardifs c'est loi qui les feras

Dans l'avenir où tout s'apaise.

Fort comme un Montagnard, beau comme un Girondin, \a désiré, prochaine êclosion d'Éden,

dix-neuf cent Quatre-Vingt-Treize.

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