A JEANNE
Petite voisine de table, Vous avez un rire charmant ; Vous n'êtes pas insupportable Et vous mangez très proprement.
Comme une femme qui caquette Vous eûtes des airs provoquants, Et fûtes avec moi coquette, O ma voisine de cinq ans !
Je vous faisais une cour vague Et n'étais plus vieux ni grognon.
Vous me fîtes voir une bague A votre doigt rose et mignon.
Vous étiez fière sans emphase ; Votre œil brillait clair et malin, Et je regardais en extase Vos beaux cheveux couleur de lin.
Même au dessert, votre visage Ne changea pas. Votre maintien Fut d'un philosophe ou d'un sage ; C'est difficile et c'est très bien.
Épris de vous, l'âme ravie De votre bouche de carmin.
Quand on se leva, j'eus envie De vous donner non pas la main.
Mais le bras, comme aux demoiselles Qui quelquefois nous rendent fous.
Et ne sont pas toutes chez elles Aussi gracieuses que vous.
FOYER DE COMEDIENS
FOYER DE COMEDIENS
A PIERRE ELZEAR
La robe à guimpe avec les manches à gigot !
C'est bien cela. L'on est mise comme un fagot,
Gauche, tout engoncée; on est « la Demoiselle
« A marier n. Monsieur Scribe dîne chez elle.
La mère a des chapeaux d'oiseau de paradis ;
Un jour on a de loin vu danser Charles Dix.
On porte les cheveux en bandeaux sur la tempe,
En coques au sommet. On a l'air d'une estampe
De Tony Johannot ou de Devéria.
Ma tante était ainsi quand on la maria.
On a le sein caché sous la robe montante,
Mais la bottine puce est toujours irritante ;
D'ailleurs la jupe est courte et le pied est charmant.
« Séduisante Zulmè, je t'adore ! » Vraiment
Malgré leur frac barbeau, leurs faux mollets, nos pères
Auprès de ces beautés goûtaient des jours prospères.
FOYER DE COMEDIENS
— Avec cela, le teint d'une rose de mai...
Et je songeais devant ce printemps embaumé
Que la grâce adorable et folle de nos modes
Ne fait pas nos habits plus beaux ou plus commodes,
Et que nous devons tous dans un temps assez court
Être sans le savoir Zèmïde ou Valcourt.