‹ Poèmes de ProvenceChapitre 44 sur 103 · L ABSENCE · texte numérisé non relu

L ABSENCE

L'absence, qui

l'ail tant île mal,

Est souvent une heureuse [irine :

Elle rend à l'amour certaine L'attrait fuyant de l'idéal.

RETOUR PAR MER

On carçuait lentement les lourdes voiles rondes Qui poussaient le vaisseau sous les vents réguliers. Et l'Occident brisait ses flèches moribondes Sur leurs rondeurs s'ollrant «oimne des boucliers.

Derrière nous l'effroi de l'infini, le large.

La houle nous Taisait un doux et lent roulis;

Nos dix vergues en croix se plaignaient sous la charge

Des voiles que le vent égal tendait sans plis.

Salut, pins au versant des falaises natales, Û palmiers, aloès, myrtes, arbousiers verts, Monts lointains, bords sacrés fréquentes des cigales, Horizon familier, salut, mon univers!

RETOUR PAR MER 97

La douceur du retour avait gagné mon àmc.

Le parfum de la plage arriva jusqu'à bord,

Puis ce fut un cri d'homme, et puis un chant de femme :

L'air était plein de voix nous invitant au port.

Ton appel était fait, Provence maternelle, D'un mélange charmant de bruits et de chansons; Tout parlait, l'aboîment d'un chien, l'essor d'une aile, El même la fumée au faîte des maisons.

Tous les parfums d'avril venaient à la rencontre Pu vaisseau de haut bord qui marchait calme et beau; Arbre ou rocher, le point reconnu qu'on se montre Se profilait déjà distinct sur le coteau...

Voyageurs! voyageurs! explorez la nature ; • Tentez au bout des mers la pensée ou l'amour : Tout départ vous promet une heureuse aventure, Et ce bonheur fuyant n'est que dans le retour!

Il vous attend sous l'arbre, au seuil de votre porte, Où vous avez, enfant, joué, souri, pleuré; Sur la plage où chanta votre jeunesse morte, Au pays où l'aïeul paisible est enterre.

Ah • puisqu'il faut enliii qu'on s'incline et qu'on meure, Retournez au foyer... — « Mais il est muet! » — Non ; Car tout vous est ami dans la vieille demeure, Et les gens d'alentour connaisscut votre nom.

Ne vous resterait-il que l'amitié des choses, Dans le petit enclos sans fermiers et sans chien, Retournez-y ; d'ailleurs, là, sous ces lauriers-roses, Quand vous aviez seize ans ne promîtes-vous rien?

Voyageurs, le retour c'est l'instant où l'on aime ; Jamais on n'aime tant ; jamais on n'aime mieux ; Peut-être que nos morts ont pour bonheur suprême Un éternel retour au pays des aïeux!...

Ainsi dans l'inconnu je perdais ma pensée ; Cependant le vaisseau s'arrêtait mollement; Et, pour lixer enfin sa halte balancée, L'ancre se décrocha sur un commandement.

Un cri part : masse lourde, elle tombe, et sur elle La vague qui s'ouvrit n'est pas fermée encor, Qu'un rejaillissement de lumière étincelle, Et la mer jette au ciel des nacres et de l'or.

RETOUR PAR MER

Uii trait de flamme luit dans les mâtures lisses, Et l'on voit resplendir au jour occidental Tout l'enchevêtrement des agrès et des drisses.... l'uis le navire éteint ses reflets de métal.

Adieu les vergues d'or et la pourpre des voiles ! Le jour meurt, regretté des marins revenus, Et nous dormons sur l'onde, où baignent les e'toiles, Dans la sécurité des horizons connus.

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