A LA FRANCE
Vieille Gaule à l'esprit attique, au cœur romain, Souviens-t'en : la Provence est l'antique chemin Par où la race hellène et latine à ta race Apporta ses trésors de lumière et de grâce, L'exquise politesse, honneur de nos cités, L'art, la douce éloquence et toutes les beautés.
France! c'est donc toi que, dans ton âme même,
Toi que dans ton génie exalte mon poème,
Et comme en d'autres temps on l'eût offert au Roi,
Patrie, ô majesté, je le dédie à toi,
En sorte que ton nom dont j'invoque i'auspice
Désormais le décore, inscrit au lrontispice.
/ PRÉLUDE
Lorsque j'étais enfant, j'ai lait plus d'une fois, Comme tous mes égaux, l'école buissonflière.
Le maître m'attendait : j'étais dans la rivière. Ou le long de l'étang, ou dans le petit bois.
Temps perdu? Non, gagné, car j'apprenais des choses Que jamais ne me dit le professeur savant, Quand j'écoutais, furtif, le murmure du vent Et le frisson léger des bourdons sur les roses.
Du soupir des blés mûrs, de la chanson du nid, Du bruit de l'eau perlant sur la branche mouillée, De tous les sons confus qui troublent la feuillée, J'apprenais l'art divin, le rythme et l'infini.
PRELUDE
Aujourd'hui, l'écolier des oiseaux, des cigales Et des roseaux penches au hord des marais verts, Imite leur langage et, selon l'art des vers, Il décrit la campagne et les saisons égales.
Répétant de son mieux les secrètes leçons Et le spectacle fort de la nature en sève, L'huinble rêveur, content d'être encor leur élève. Vous ramène à l'école au milieu des buissons.
A celte heure où chacun parle de fin prochaine, Où la plupart, plaintifs, meurent d'un long ennui, Le poète, attristé des âmes d'aujourd'hui, Raconte la vertu patiente du chêne.
En ce moment qui semble au monde le dernier, Où l'on dit ipie déjà la conscience est morte. Il ne va pas chantant le désespoir : il porte, Comme gage de vie, un rameau d'olivier.
Car il comprend qu'un verbe habite les écorecs, Il devine dans tout l'exemple ou le conseil ; Il sait qu'un grand espoir nous luit dans le soleil Et qu'un amour sans fin fait la chaîne des forces.
PRÉLUDE
Ah! rien qu'en traversant, quand Avril est vainqueur, La prairie et les bois où tout vient de renaître, L'homme, à qui nul n'a dit l'esprit caché de l'être, Sent bien pourtant qu'un dieu lui passe dans le cœur!
... Or les prés et les bois, les printemps que je chante Sont ceux du pays même où je fus écolier, Mon doux recoin de terre aimable et familier Où la nier vient baigner la colline penchante.
J'ai là, dans ma Provence, où les lauriers sont beaux, Mon foyer, mon arpent du sol de la patrie, Et je sens à ce nom ma pensée attendrie, Car là j'ai des amis et là j'ai des tombeaux.