AUX CIGALES APOCRYPHES
DE .IRAN l.A FONTAINE
poètes mauvais, vous faites tort aux bons!
Ridicules faucheux qui voyagez par bonds,
Aile's, mais cependant montés sur des échasses,
Sauterelles des pre's, longs insectes voraces,
Vous que l'on vit parfois vous entre-déchirant,
Quoi, c'est vous, ô fléau des moissons, que l'on prend
Pour les cigales d'or, ces chanteuses frugales !
En vain vous essayez d'imiter mes cigales ;
Vous n'avez pas au cœur une lyre d'argent!
Hélas ! vous irritez l'auditeur indulgent
Avec les bruits stridents de scie ou de crécelles
Que font vos corselets craquant contre vos ailes.
Et vous déshonorez, destructeurs de blés verts,
vous que La Fontaine a flétris dans ses vers,
Plagiaires honteux, voleurs de renommée,
Les poètes divins et la cigale aimée.
LES CIGALES
La fourmi dit à la cigale :
« Quand cesseras-tu ta chanson,
« paresseuse sans égale,
« Et que ne fais-tu ta moisson?
« Vois tout ce qu'en mon trou j'emporte:
« \iciis avec moi, tu me verras
« Enfouir mes bons grains, de sorte
« Que sous terre ils ne germent pas. t)
La cigale lui dit : « Sous terre, « J'ai vécu longtemps loin du jour :
« Là, travailleuse et solitaire, « J'ai préparé mon chant d'amour; « Là, j'appris, des germes en sève, « Les secrets du sillon troublé, « Et je préfère un grain qui lève ii A les greniers où meurt ton blé. »
POEMES DE PltOVENCE