‹ Poèmes décadents, 1883-1895Chapitre 31 sur 32 · EN L HONNEUR DU DOCTEUR DUJARDIN-BEAUMETZ · texte numérisé non relu

EN L HONNEUR DU DOCTEUR DUJARDIN-BEAUMETZ

Guérisseur du pauvre et des rois Il m'eût fallu, veuf de colère, Le profond orgue plein d'effrois Du redoutable Baudelaire

Pour chanter ton secours béni.

Je n'ai, faible, qu'un art harbare Au recours de l'accord honni Des cinq cordes d'une guitare.

128 Rhapsodie

Guitare affreuse de bois blanc, Peuple ou sapin (ne saurais dire), Mal joint où rit jaune en tremblant L'ode d'un cœur écœuré d'ire.

Cette guitare ! — qui sera

Mon cercueil, ce d'ailleurs qu'attesté

L'amer guignon dont périra

Ma guenille, et que, moi, je teste.

Aucune fleur de nul jardin, Bleuet, pâquerette ni rose, A t'offrir, ô doux Dujardin !

Fiance allègre du morose

Tuberculeux fatal, de ceux Rongés des rats de la chlorose, Des pleurétiques, des tousseux, Des possédés de la névrose.

Rhapsodie 129

Des tant tristes fiévreux aussi, Ensemble en proie à l'insomnie Terrible des lits que voici Alignés pour leur agonie...

Pourtant si ma veine de vers, Sur ce rythme dont je me grime, Sous son effort, cueillait, devers Les parterres d'or de la rime,

Quelque symbole éclos aux cieux D'une frondaison extatique, Et qui vaudrait de tels messieurs Le bouquet acquis en boutique?..

Mais rien ! Rien, hors ce cri fini De ma maigre muse barbare Grattant, en deuil, l'accord banni D'une méprisable guitare.

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