LE GLAIVE
Quelqu'un m'avait prédit, qui tenait une épée Et qui riait de mon orgueil stérilisé : Tu seras nul, et pour ton âme inoccupée L'avenir ne sera qu'un regret du passé.
Ton corps, où s'est aigri le sang de purs ancêtres, Fragile et lourd, se cassera dans chaque effort; Tu seras le fiévreux ployé, sur les fenêtres, D'où l'on peut voir bondir la vie et ses chars d'or^
g2 POEMES
Tes nerfs t'enlaceront de leurs fibres sans sèves Tes nerfs! — et tes ongles s'amolliront d'ennui, Ton front, comme un tombeau dominera tes rêves, Et sera ta frayeur, en des miroirs, la nuit.
Te fuir! — si tu pouvais! mais non, la lassitude Des autres et de toi t'aura voûté le dos Si bien, rivé les pieds si fort, que l'hébétude Détrônera ta tête et plombera tes os.
Eclatants et claquants, les drapeaux vers les luttes, Ta lèvre exsangue hélas! jamais ne les mordra : Usé, ton cœur, ton morne cœur, dans les disputes Des vieux textes, où l'on taille comme en un drap.
Tu t'en iras à part et seul — et les naguères
De jeunesse seront un inutile aimant
Pour tes grands yeirx lointains — et les joyeux tonnerres
Chargeront loin de toi, victorieusement !