‹ PoèmesChapitre 44 sur 53 · DÉPART · texte numérisé non relu

DÉPART

La mer choque ses blocs de flots, contre les rocs Et les granits du quai, la mer démente, Tonnante et gémissante, en la tourmente De ses houles montantes.

Les baraques et les hangars comme arrachés, Et les grands ponts, noués de fer mais cravachés De vent ; les ponts, les baraques, les gares Et les feux étages des fanaux et des phares

Oscillent aux cyclones Avec leurs toits, leurs tours et leurs colonnes.

Et ses hauts mâts craquants et ses voiles claquantes, Mon navire d'à travers tout casse ses ancres; Et, cap sur le zénith, Bondit, vers la tempête, Bête d'éclair, parmi la mer.

Dites, vers quel inconnu fou,

Et vers quels somnambuliques réveils.

Et vers quels au-delà et vers quels n'importe où

Convulsionnaires soleils?

Vers quelles démences et quels effrois

Et quels écueils, cabrés en palefrois.

Vers quel cassement d'or

De proue et de sabord,

Dites, vers quels mirages ou vers quels rires

Bondit le mors aux dents de mon navire?

LES FLAMBEAUX \OIRS | 43

Tandis qu'hélas ! celle qui fut ma raison, La main tendant ses pâles lampadaires, Le regarde cingler, à l'horizon, Du haut de vieux débarcadères.

Et des bouches d'argent et des regards de pierre Taisent immensément le glacial mystère De ce minuit, dallé d'ennui.

En des cirques d'éther et d'or, seules et seules, Les constellations tournent comme les meules De ce minuit, dallé d'ennui

IJ

Des monuments silencieux et des étages Se devinent, par au-delà des grands nuages De ce minuit, dallé d'ennui.

Sait-on jamais quels imminents sépulcres sombres, Scellés de fer, vont éclater, parmi les ombres De ce minuit, dallé d'ennui ?

Quels pas sonnant la mort et quelles cohortes Viendront casser l'éternité des heures mortes De ce minuit, dallé d'ennui ?

Et clore, à tout jamais, ces yeux de pierre. Cristaux mystérieux et ors, dans la paupière De ce minuit, dallé d'ennui. ?

Un paysage noir, ligné d'architectures, Qui découpent et captivent l'éternité, En leurs parallèles et fatales structures, Impose à mes yeux clos son immobilité.

Dédales de Justice et tours de Sapience, Toute l'humanité qui s'est dardée en lois Se définit en ces rectilignes effrois De souverain granit et de lourde science.

L'orgueil des blocs de bronze et des plaques d'airain,

Brutal et solennel, de haut en bas, décide :

Ce qu'il faut de bonheur et de calme serein

A tout cerveau qu'émeut un cœur sage et placide.

Indestructible et clair, perpétuel et froid,

Plus haut que tout sommet arquant sa vastitude.

Le dôme immensément lève la certitude

Sur des pilliers géants et forts, comme le droit.

Mais c'est au fond d'un soir, pesant de cataclysme, Où des couchants de roc écrasent des soleils. Que ces pierres et ces beffrois du dogmatisme. Sous un ciel d'encre et d'or, semblent tenir conseil.

Sans voir si l'œil de leur Dieu vague, ouvert la nuit. Et vers lequel s'en va l'élan du monument. Ne s'est point refermé lui-même au firmament, Par usure peut-être — ou peut-être d'ennui.

LES FLAMBEAIX XOIRS [49

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