L'ORAGE
L'orage couve sourdement sur la mer, et à travers la noire muraille des nuages palpite la foudre dentelée qui luit et s'éteint comme un trait d'esprit sorti de la tête de Zeus-Kronion. Sur Tonde déserte et sombre roule longuement le tonnerre et bondissent les blancs coursiers de Poséidon, que Borée lui-même a jadis engendrés avec les cavales écheveléesd'Érichthon, et les oiseaux de mer s'agitent, inquiets comme les ombres des morts que Caron, au bord du Styx, repousse de sa barque surchargée.
Il y a un pauvre petit navire qui danse là-bas une danse bien périlleuse ! Éole lui envoie les plus fougueux musiciens de sa bande, qui le harcèlent cruellement de leur branle folâtre; l'un siffle, l'autre souffle, le troisième joue de la basse, — et le pilote chancelant se tient au gouvernail et observe sans cesse la boussole, cette âme tremblante du navire, et, tendant des mains suppliantes vers le ciel , il s'écrie : Oh ! sauve-moi , Castor, vaillant cavalier, et toi, glorieux athlète, Pollux!