TRAGEDIE
«Fuis avec moi et sois ma femme, et repose-toi sur mon cœur; au loin, à l'étranger, mon cœur sera pour toi , la patrie et la maison paternelle.
(( Si lu ne viens pas avec moi, je meurs ici, et tu restes seule et abandonnée ; et dans la patrie, dans la maison paternelle, tu seras comme à l'étranger, »
[Ceci est une véritable chanson populaire que j'ai entendue sur Jes bords du Rhin.)
Une gelée blanche tomba dans une nuit de printemps; elle tomba sur les tendres petites fleurs bleues; elles se sont flétries, elles sont mortes.
Un jeune homme aimait une jeune fille ; ils s'enfuirent secrètement du pays, à l'insu du père et de la mère.
Us errèrent ça et là. ils n'ont eu ni bonheur ni bonne étoile: ils se sont flétris, ils sont morts.
Sur leur tombe s'élève un tilleul, où sifflent les oiseaux et les vents du soir, et au pied duquel, sur le gazon vert, le garçon meunier vient s'asseoir avec sa maîtresse.
Les vents soufflent avec des frissonnements sinistres, les oiseaux chantent d'une voix plus douce et plaintive, et les amoureux babillards, frappés d'un soudain mutisme, pleurent sans savoir pourquoi.
LE PÈLERINAGE A KEVLAAR.
A la fenêtre se tient la mère ; le fils est couché dans le lit. — « Ne veux-tu pas te lever, Wilhelm, pour voir la procession ? »
— « Je suis si malade, ô ma mère ! que je n'entends ni ne vois; je pense à ma chère morte, et cela me déchire le cœur. »
— « Lève-toi , nous irons à Kevlaar, prends tes Heures et ton rosaire ; la mère de Dieu guérira ton cœur endolori. »
Les bannières de la croix flottent au vent , les saints cantiques retentissent, c'est à Cologne sur le Rhin, que passe la procession.
La mère et le fils suivent la foule, tous deux chantent en chœur : « Gloire à toi , Marie ! »
Notre-Dame de Kevlaar porte aujourd'hui ses plus beaux habits; aujourd'hui elle a beaucoup à faire , il lui vient des malades en foule.
Les malades lui présentent comme offrande des membres de cire, beaucoup de pieds et de mains de cire.
Et celui qui offre une main de cire , sa main malade devient saine, et celui qui offre un pied de cire, son pied se guérit.
Bien des gens allèrent à Kevlaar avec des béquilles qui maintenant sautent à la corde, beaucoup jouent maintenant du violon qui y vinrent ne pouvant remuer un seul doigt.
La mère prit un cierge et en forma un cœur. — « Porte cela à la mère de Dieu, elle guérira ton mal. »
Le fils prit en soupirant le cœur de cire , le porta en soupirant devant la sainte image; les larmes lui jaillirent des yeux , ces mots lui jaillirent du cœur :
« Très-glorieuse Marie, servante immaculée et mère de Dieu, reine du ciel, entends ma plainte.
« Je demeurais avec ma mère dans la ville de Cologne , la ville qui compte par centaines les chapelles et les églises.
« Et près de nous demeurait la petite Margaretha qui dernièrement est morte; Marie, je t'apporte un cœur de cire, guéris-moi la blessure de mon cœur.
« Guéris-moi mon cœur endolori , et je dirai et chanterai matin et soir avec ferveur : Gloire à toi, Marie ! »
Le fils malade et la mère dormaient dans leur chambrette; survint la mère de Dieu qui entra sur la pointe du pied.
Elle se pencha sur le malade, appuya légèrement sa main sur son cœur, sourit doucement et disparut.
La mère vit tout comme dans un rêve et a même vu quelque chose de plus; elle sortit de son assoupissement; les chiens dans la cour aboyaient si fort !
Son fils était là, étendu sur son grabat, et il était mort; les lueurs rouges du matin se jouaient sur ses joues blanches.
La mère joignit pieusement les mains, et pieusement à voix basse elle chanta : « Gloire à toi , Marie ! »