‹ Poëmes et légendesChapitre 53 sur 83 · INSOMNIE · texte numérisé non relu

INSOMNIE

La nuit, quand je pense à l'Allemagne, j'ai bientôt perdu le sommeil ; je ne puis plus clore les yeux, et mes larmes brûlantes coulent.

Les années viennent et passent ! Depuis que je n'ai vu ma mère, douze années se sont écoulées; mes désirs et mes regrets s'accroissent.

Mes désirs et mes regrets s'accroissent. La vieille femme m'a comme ensorcelé; je pense toujours à la vieille, la bonne vieille femme que Dieu conserve !

La bonne vieille femme m'aime tant, et dans les lettres qu'elle m'écrit, je vois comme sa main tremble, combien son cœur de mère est profondément agité.

La mère ne me sort pas de l'esprit. Douze années ont passé, douze années se sont évanouies depuis que je ne l'ai pressée sur mon cœur.

L'Allemagne durera éternellement , c'est un pays au corps sain et robuste; avec ses chênes, ses tilleuls, je la retrouverai toujours.

Je ne brûlerais pas tant de revoir l'Allemagne, si ma mère n'y était pas. La patrie ne périra jamais, mais la vieille femme peut mourir.

Depuis que j'ai quitté le pays, beaucoup de ceux que j'aimais sont descendus dans la tombe — quand je les compte, mon cœur saigne douloureusement.

Et il faut que je les compte. Avec le nombre, ma douleur augmente , et il me semble que les morts se roulent sur ma poitrine. Dieu soit loué ! ils s'éloignent.

Dieu soit loué ! Par ma fenêtre entre un clair rayon du soleil de France. Ma femme vient, belle comme l'aurore, et dissipe avec son sourire les soucis allemands.

GÊRMANIA

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