‹ Poèmes et sylves, 1886-1896Chapitre 1 sur 57 · JUSTIFICATION DU TIRAGE · texte numérisé non relu

JUSTIFICATION DU TIRAGE

Droits rto traduction et de reproduction réservés pour tous pays.

L'esloirc iert si rimce, par foi le vous plevi, Que li mesentendant en seront abaubi, Et li bien entendant en seront esjoï.

ADENES Ll ROIS.

AGNÈS

AGNES

Il y avait des arcs où passaient des escortes

Avec des bannières de deuil et du fer

Lacé, des potentats de toutes sortes

— II y avait — dans la cité au bord de la mer.

Les places étaient noires et bien pavées, et les portes,

Du côté de l'est et de l'ouest, hautes ; et rommc en hiver

La forêt, dépérissaient les salles de palais, et les porches,

Et les colonnades de belvéder.

C'était (tu dois bien t'en souvenir), c'était aux plus beaux jours de ton adolescence.

POEMES ET STLVES

Dans la cité au bord de la mer, la cape et la dague lourdes

De pierres jaunes, et sur ton chapeau des plumes de perroquet?

Tu t'en venais, devisant telles bourdes,

Tu t'en venais entre tes deux laquais

Si bouffis et tant sots — en vérité, des happelourdes 1 —

Dans la cité au bord de la mer tu t'en venais et tu vag-uais

Parmi de grands vieillards qui travaillaient aux felouques,

Le long" des môles et des quais.

C'était (tu dois bien t'en souvenir), c'était aux plus beaux jours de ton adolescence.

Devant ta tante Madame la Prieure,

Que tu sentisses quelque effroi

Lorsque parlait d'Excommunication Majeure

Le vieux évêque en robe d'orfroi, —

Tu partais, même à l'encontre du temps et de l'heure,

Avec Hans, Gull, Salluste et Godefroy,

Courir la bague, pour amuser la veuve

Aux yeux couleur de roy.

C'était (In dois bien t'en souvenir), c'était aux plus beaux jours de ton adolescence.

Bien assise était la demeure, et certe

Il pendait des filigranes du perron ;

Et le verger fut grand où hantait la calandre diserte.

Et quant à la Dame, elle avait ce geste prompt,

Ce « ce me plaît » qui déconcerte ;

Et quant à la Dame, elle avait environ

Septante et sept saphirs avec un cercle

De couronne à son front.

C'était (tu dois bien t'en souvenir), c'était la plus noble Dame de la cité.

Certes les fleurs florirent, et le dictame

Florit au verger qui fut grand, en eff'et ;

Toute fleur florit au verger, et quant à la Dame,

Son pénal d'arroifut fait

De ces riches draps que rien n'entame,

Et ses cavales étaient vénètes, et l'on pouvait

En compter cent, et nulle bêtequi soit en mer ni en bocage

Qui ne fût à fin or portraite sur son chevet.

C'était (tu dois bien t'en souvenir), c'était la plus noble Dame de la cité.

Glaire était la face de la Dame, telle la fine pointe Du jour, et ses yeux étaient deux marins ; Claire était la face de la Dame et de parfums ointe. Claire était la face de la Dame, et plus que purpurins Fruits, fraîche était la bouche jointe De la Dame. Et pour ses crins Recercelés, ne fussent les entraves d'ivoire, Eussent encourtiné ses reins.

C'était (tu dois bien t'en souvenir), c'était la plus belle Dame de la cité.

Gieux marins étaient les yeux de la Dame et lacs que rehaussejj

La sertissure des neiges, et calice ce pendant

Qu'iléclôt, étaitsa bouche; et ni la blonde Isex, ni la fausse

Gressida, ni Hélène pour qui tant

De barons descendirent dans la fosse ;

Ni Florimel la fée, et ni l'ondine armée de son trident,

Ni aucune mortelle ou déesse, telle beauté en sa force

Ne montrèrent, de l'aurore à l'occident. I

C'était (tu dois bien t'en souvenir), c'était la plus

belle Dame de la cité.

LE PÈLERIN PASSIONNÉ " l3

« Sœur douce amie », lui disais-tu, « douce amie,

Les étoiles peuvent s'obscurcir et les amarantes avoir été

Que ma raison ne cessera mie

De radoter de votre beauté ;

Car Cupidon ravive sa torche endormie

A vos yeux, à leur clarté,

Et votre reg-arder », lui disais-tu, « est seul Mire

De mon cœur attramenté. »

C'était (tu dois bien t'en souvenir), c'était par un soir de la mi-automne.

«Vos cheveux traînentjusqu'enbaset nimbent votre face,

Et vos sourires sont les duèg-nes de votre vertu ;

Ah! prenons g-arde que notre âme ne se fasse

Putain, Madame », lui disais-tu.

« Voscheveux traînent, et vos yeux portent d'azur à la fasce

D'or, et votre corps est de lys vêtu ;

Ah ! prenons garde que notre désir ne se farde

Pareil à quelque g-nome tortu. »

C'étais (tu dois bien t'en souvenir), c'était par un soir de la mi-automne.

l4 POÈMES ET SYLVES

« Sœur douceamie )),lui dlsais-tu,« mon cœur est moire

D'eaux claires sous les midis.

Madame », lui disais-tu, « mon cœur est grimoire

Tout couvert de signes maudits ;

Et je vous eusse cédée pour mille besants et voire

Pour quelques maravédis.

Sœur douce amie », lui disais-tu, « pieux cloître

Est mon cœur, et sainte fleur eu paradis. »

C'était (tu dois bien t'en souvenir), c'était par un soir de la mi-automne.

Page 1