‹ Poèmes et sylves, 1886-1896 [microform]Chapitre 12 sur 55 · ÉTRENNES DE DOULCE · texte numérisé non relu

ÉTRENNES DE DOULCE

ÊTRENNES DE DOULCE

Ses yeux parmi Ses joues, ses lèvres de couleur, Ses yeux sont comme fleur De violette au bouquet joli .

Et son sourire Et son franc dire Enchantent le mal qui me veut occire, Mieux qu'en avril ni mai Gentil oiseau Du bois ramé Ne berce somme De pastoureau :

C'est pourquoi Doulce je la nomme

Ni le nom de Mélusine

Pourtant, Ni le nom d'Argentine On de la comtesse de Flassand, Ni celui plus fameux de la reine Qui mourut d'aimer, Ne valent pour la nommer Le nom qu'elle tient de sa marraine.

Nom qui m'êtes courtois échanson De loyal heur, en ma chanson, Las, faudra-t-il toujours vous taire !

O doux nom si gracieux, Qui faites pleurer mes yeux Quand ma bouche vous profère.

Je suis le guerrier qui taille A grands coups d'épée dans la bataille ; Son œil est clair et son bras prompt à férir." Hélas! il va mourir :

Car sous la dure maille Par un trou hideux goutte à goutte Fuit tout son sang et sa vie toute.

Je suis le pauvre chevalier qui vendit son âme Au diable — honte et diffame — Pour de l'or pipé sitôt.

50 POÈMES ET STLVES

Vous qui semblable à la vierge Marie M'êtes apparue, ô Dame au cœur haut,

Dame à l'âme fleurie,

Du toucher de votre main pure

Guérissez ma blessure,

Et que vos doux yeux

Me rachètent les cieux.

LE PELERIN PASSIONNÉ 5l

Ombre de casemate Que roussit un vestige de falots, Lacs sereins, frondants coteaux Au déclin du char d'Hécate, Corbeaux Amis des gibets : noirs cheveux qui raffolez

De pierreries, Vous n'êtes pas les cheveux de ma Dame .

Ils ne sont pas non pins, ses cheveux, fin

Or. Aurores, Bel Arcturus, fulves couchants,

Sur les champs Javelles, votre orgueil m'est vain Et vaines vos métaphores .

5a POÈMES £T SY1*VE9

FragTante cargaison de nefs D'Arabie, mais qu'ils me sont soëfs Les nobles cheveux châtains de ma Dame, Soit que sa main les apprête En bandeaux modestes sur sa tête, Soit qu'ils l'encourtinent déliés, quand amène Elle se fait à ma peine.

Pour couronner ta tête, je voudrais Des fleurs que personne ne nomma jamais.

Lavande, marjolaine, hélianthème, Et la rose que le luth vanta, Et le lis sans tache que Perdita Souhaitait pour le prince de Bohême ; L'œillet, la primevère, les iris, Et tous les trésors de Chloris :

Gerbe seraient pauvre et défaite Pour couronner ta tête.

J'ai tellement soif, ô mon amour, de ta bouche Que j'y boirais en baisers le cours détourné Du Strymon, l'Araxe et le Tanaïs farouche; Et les cent méandres qui arrosent Pitané, Et l'Hermus qui prend sa source où le soleil se couche, Et toutes les claires fontaines dont abonde Gaza, Sans que ma soif s'en apaisât.

Parce que du mal et du pire Mon âme absout tous les méchants, Et que sur ma lèvre respire Orphéus, prince des doux chants,

Qu'au jardin de ma chevelure S'ébattent les ris et les jeux, Que se lève le Dioscure Dans la prunelle de mes yeux ;

D'autres ont pu me croire : fête Saoule de drapeaux épanis, Et clairons sonnant la défaite De l'indéfectible Erinnjs ;

Mais toi, sororale, toi, sûre Amante au grand cœur dévoilé, Tu sus connaître la blessure D'où mon sang* à flots a coulé.

Certe, il ne sut une autre toi Le Roi Qui dit la femme plus arrière que la mort

Car, de vos lèvres pressées. Vous êtes toutes douceurs, amour, Jusqu'à vos lèvres courroucées.

Et, n'ètes-vous Pas, aussi, le doux

Mois de Marie, si Votre regard fait fleurie Mou âme aux pâles couleurs !

LE PÈLERIN PASSIONNÉ 5g

Tes jeux sereins comme le calme Sur les flots de la mer, Me disent : nous serons

La palme Sur ton sommeil amer ;

Nous verserons Dans ton cœur en péché

— Me disent — La paix et l'équité.

Tes yeux me disent :

Pauvre âme aux pieds meurtris Sur les mauvais chemins, Tes lendemains

S'ils s'égaraient encore ! .

De tes couchers honnis Nous serons l'aime aurore.

En nous c'est la fontaine Bénigne du pardon,

Nous vous serons l'antienne Et le bourdon,

Pauvre âme em dure peine, - Disent tes jeux.

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