PROSERPINE CUEILLANT DES VIOLETTES
Dans ce riant vallon, cependant que tu cueilles
La donce violette aux délicates feuilles,
O fille de Gérés, hélas ! tu ne sais pas
Que le sombre Pluton poursuit partout tes pas.
Il ne supporte plus d'être nommé stérile,
Car Vénus l'a blessé soudain des mêmes traits
Dont elle abuse, au fond des antiques forêts,
La race des oiseaux et le beau cerf agile.
Entends les cris du dieu ! sous son bras redouté Se cabrent les chevaux qui craignent la clarté, Rompant sons leurs sabots le roseau qui s'incline Aux marais paresseux que nourrit Gamarine.
Dans ses grottes gémit Henna, mère des fleurs, Et Cyane ses eaux fait croître de ses pleurs. Parmi les pâles morts bientôt tu seras reine, fille de Gérés, et Junon souterraine.
Ainsi, toujours la vie et ses tristes travaux Troubleront le Néant dans la paix des tombeaux, Et désormais en vain les Ombres malheureuses Puiseront du Léthé les ondes oublieuses.