‹ Poèmes incongrusChapitre 1 sur 25 · PREFACE · texte numérisé non relu

PREFACE

Me voilà! me voilà!

Hélas !' depuis qve l'on m'a chassé du Panthéon, maintenant qve je ne sais pins moi-même oh sont mes oSj mon âme est réduite à habiter dans les tables.

Étrange demeure qu'un guéridon !

Voilà un siècle que je suis mort, et il faut que j'écrive des préfaces !

(Allongez donc vos bras, qa ne tourné plus ! )

Enfin je m'exécute de bonne grâce; puis-je refuser ce léger service à un poète incongru ?

Je connais ]\Iac-Nab pour l'avoir entendu maintes Jais av Chat Nom. Car mon esprit hante aussi les tables du Chat Nom. Tables massives, que je m'efforce en vain d'agiter : les pieds glissent sur le parquet avec un bruit sourd auquel on attribxte une autre cause; et l'on ne

*anquf pas de (lire à cette occasion : « C'est lu faute n iltaire .' »

Véritablement, mes chers arrière-petit-fils, je vous Iroiire nnants.

V^ovs ave: retrovvé le secret du bon rire rabelaisien que n'ai pas connu.

(Attention donc, le crayon va se détacher! ) e mon vivant je n'ai jamais ri: on bien si j'ai ri, c'était mieux mordre.

est vrai que je me rattrape bien à présent.

vous saviez comme on s'amuse en enfer! Il y fait nn

TU chaud, par e.remple, mais on peut se mettre à son aise.

Ah ! mes petits agnean.r, quelles bonnes parties on y fait !

Il y a là Néron, Cartouche, Borgia, Ganiohut.... nous

rions ensemble comme des damnés.

Mon cher Mac-Nab, je veux vous présenter à ces messieiirs, ai>}si qu'à nos excellents directeurs Belzéhnfh et ■^'ttanas.

sont de bons diables, vous leur direz quelques poèmes. Pas la ballade des Pokles mobiles^ ils n'y verraient que du feu. Mais plutôt celles des Deurières froids^ ça leur fera pasrier un petit frisson dans les moelles.

■histement ils vont donner prochainement un punch de famille pour célébrer V anniversaire du paradis perdu . Venez donc sans cérémonie, bon Mac-Xab, il y aura des pleurs et Uê grincements de dents.

Mais revenons à notre préface.

Je la résume en deux mots : Jeunes gens, soyez joji eux , soyez épanouis. Que le rire éclate chez vous, franchement gaulois, et vous ne serez point méchants, et la postérité vous aimera, et les poètes de l'avenir ne vous demanderont pas si vous dormez contents.

Gloire a ceux qui rient et qui font rire les autres. Ils sont les véritables Uenfaitmrs de l'humanité, car le rire désarme les passions, et quelle passion n'est pas notre j^lus cruelle ennemie ?

Encore un mot.

Je voudrais bien, messieurs, savoir pourquoi, sur le quai qui porte mon nom, on m'a élevé une si vilaine statue. Ai-je jamais été fagoté comme celai' Parlez-en, je vous prie, aux échevins de la boniu rdle de Paris.

Eux qui sont si habiles à changer le nom des rue: pourront peut-être m'enlever de là, ou du moins me plmn de telle façon que je n'aie pas l'air de tourner le dos à l'Institut.

Eh bien, messieurs, êtes-vous contents de ma préface ?

Xai fait ce que fai pu et je vous demande seulemen d'excuser mon griffonnage; c'est votre faute, car, entre nous vous avez là un f chu crayon!

Voltaire.

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