LE CLYSOPOMPE
N'auriez-vous pu, madame, à mes regards cacher L'objet dont vous ornez votre chambre à coucher. Je suis observateur, et, si je ne me trompe, Le bijou dont je parle était un clysopompe !
Jamais on n'avait vu pareil irrigateur ! Orné d'un élégant tuyau jaculatoire, Vers le ciel il tendait sa canule d'ivoire. Spectacle sans égal pour l'œil d'un amateur!
Sur la table de nuit dans l'ombre et le mj^stère, Sans doute il attendait votre prochain clystère... Mais qu'importe si j'ai d'un regard indiscret De vos ablutions pénétré le secret !
Ce qu'il faut vous conter, c'est que la nuit suivante Un cauchemar affreux me remplit d'épouvante : J'ai rêvé... que j'étais clysopompe à mon tour, De vos soins assidus entouré nuit et jour.
Vous me plongiez soudain au lond d'une cuvette. Vous pressiez mon ressort d'une main inquiète, Sans vous douter, hélas! que votre individu Contre mes yeux n'était nullement défendu.
Et moi je savourais l'horizon grandiose Que je devais; madame, à ma métamorphose. Si bien qu'en m'éveillant j'étais convaincu D'avoir toute la nuit contemplé votre
BALLADE