‹ Poèmes ironiquesChapitre 30 sur 79 · ABSENCE · texte numérisé non relu

ABSENCE

Quand elle l'eut baisé follement sur la lèvre Dans le dernier reflux de l'amoureuse fièvre, Elle lui dit : adieu ! l'amant dit : au revoir ! Hélas ! ce fut en vain qu'il l'attendit le soir, Puis deux jours ! Au cadran de l'horloge, la paire D'aiguilles, que l'effort de tourner exaspère. Se croisa lentement durant deux lentes nuits, Compas maussade errant au cercle des ennuis ! Que faire ? — S'accouder pensif à la fenêtre ? Ça glace I — S'en aller ? — Elle viendra peut-être ! Gomme la nuit est longue ! Il ne fera plus jour ! Bon Dieu I comme le temps est long loin de l'amour 1 Comme les clochers ont des tintements d'alarmes ! Et comme il est trempé, ce mouchoir plein de larme« ! Les nuages s'en vont, pressés par un vent dur. Le jour de février se lève. Pas d'azur ! L'amoureux, en fumant, s'est desséché la gorge;

xVBSENCE

Le sanglot geint en lui cunime un soufflet de furge.

Au matin, les yeux las de larmes et le cœur

Morne, en Parisien il reprit l'air moqueur.

Or, le troisième jour, elle revint, tranquille,

Lui disant : Mon ami, tu t'es fait de la bile

Bien inutilement. Et puis, avec douceur :

J'ai passé ces deux nuits au chevet de ma sœur.

L'Amour est un aveugle aveuglant ; lui, fit rhomm.e

Qui pouvait croire, et crut réellement en somme.

Jette-lui tes cailloux, moraliste cornu !

Il l'aima doucement ; puis d'un air ingénu,

Il dit : Il se peut bien qu'il soit vrai, ce mensonge.

L'amour les remporta tous les deux dans le songe

Avec ses ailes d'or et de pourpre, là-bas.

Elle était trois fois plus tendre. — Dis, n'est-ce pas

Très doux de s'aimer bien, de le dire et le faire ?

On est enveloppé d'une souple atmosphère.

Oh ! ne pensons à rien ! Je t'aime, mon amant ;

Je t'aime un peu, beaucoup, tendrement, follement

Et plus encore I Et puis, la fête étant finie,

Elle dit : Je me sens tout à fait rajeunie.

Ce fut alors qu'il put comprendre, mais trop tard.

Qu'elle s'était vendue au vieux seigneur Dollar.

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