‹ PoëmesChapitre 11 sur 15 · LE PARC · texte numérisé non relu

LE PARC

Au parc où jouait mon enfance, Un malade comptait ses pas Soutenu par deux belles femmes.

Dans l'allée plus longue que lui, Dans une allée jusqu'à sa mort.

Ce fut là, autour d'un kiosque, L'avenir à jamais nié, Et le bonheur tenant pour nous Dans l'équilibre des cerceaux.

L'eau jaillit par bonds du bassin, Ne dirait-on pas qu'il y tombe Des pierres à courts intervalles.

Un homme, chaque fois qu'il pense, Pose ses yeux sur le jet d'eau.

Un grand parasol de cristal S'ouvre dans l'air et se referme A chaque envolée du jet d'eau.

Les arbres ont beau prononcer Encore le serment tutélaire, Le passé vieilli et ridé Tremblotte sur l'eau du bassin.

La vie s'est recroquevillée Avec les feuilles automnales.

Or, ce fut le soir sur les bancs Tièdes encore de soleil; Aux lèvres, la rosée déjà.

L'homme qui regardait le jet d'eau Entendit l'ombre murmurer Des phrases qu'il reconnaissait Appartenant à sa mémoire.

Des vers bien comptés, lents et chers, Comme les pas du grand malade, Dans une allée jusqu'à sa mort.

Alors, seulement, il comprit.

Pour pleurer, ce ne fut pas trop, De l'ombre amassée en le coin Le plus obscur du parc ancien.

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