Première partie
L'EUCHARISTIE
La fleur du ciboire, l'Hostie, Qui, blanche et frêle, tremble au jour C'est le Dieu de l'Eucharistie, C'est le prodige de l'Amour.
Le froment n'est qu'une apparence, Et le miracle qui s'est fait Passe le champ de l'espérance Et les limites du bienfait.
Après avoir sauvé la terre, Le Christ, d'un essor glorieux, Pouvait retourner à son Père Et nous oublier dans les Cieux.
Il eût pu, royale victime, Après s'être lui-même offert, Borner l'holocauste sublime A tout ce qu'il avait souffert.
Mais, avant que la mort le frappe, Il veut, mystérieusement, Du pain et du vin de sa nappe Faire un éternel aliment.
La fleur du ciboire, l'Hostie, Qui, blanche et frêle, tremble au jour C'est le Dieu de V Eucharistie, C'est le prodige de l'Amour.
L'EUCHARISTIE
A notre cœur il se révèle Celui qu'on reçoit à genoux.
Agneau de la Pâque nouvelle, C'est toi, c'est toi qui viens en nous.
Toi qui, d'une lèvre inspirée, Offris au monde frémissant La beauté de ta Chair sacrée Et le flot divin de ton Sang.
Toi que les bergers et les mages Ont adoré dans son berceau ;
Toi vers qui s'en vont les hommages Comme au plus pur, comme au plus beau;
Doux Fils que la Vierge contemple Et que ses parents éperdus
Reverront au parvis du Temple Maître des docteurs confondus;
Toi dont le verbe se déroule En parabole sur les monts;
Homme qui remuas la foule Et Dieu qui chassas les démons;
Toi dont la chair s'est détachée
Sous les coups, lambeau par lambeau ;
Toi dont la tête s'est penchée Sur la Croix et vers le tombeau;
O bon Pasteur, Agneau sans tache, N'es-tu pas aussi le Dieu fort, Dont la seule puissance arrache Lazare aux ombres de la mort?
L'EUCHARISTIE
Jésus, Jésus, Sauveur du monde, Voici ton Corps ressuscité Qui monte de la nuit profonde Jusqu'à l'éternelle clarté.
Nous laisses-tu dans l'esclavage, Trop misérables pour t'aimer?
Non, car ton sang est le breuvage Qui va soudain nous ranimer.
Et c'est ta Chair crucifiée Qui, sous l'espèce du froment, A notre chair purifiée Se donne dans le Sacrement.
Plus d'oraisons, plus de cantiques, J'éprouve un indicible émoi :
Sous les voiles eucharistiques Tout mon Créateur est en moi.
Il me réchauffe de sa flamme, Il m'apaise avec sa douceur, Son âme est unie à mon âme Et son cœur est près de mon cœur.
C'est le pécheur, c'est l'être infime Qui reçoit la Divinité...
Faites, Seigneur, qu'en cet abîme Je garde bien l'humilité.
Oh! dans chaque nouvelle aurore, Puissé-je, épris du Dieu réel, Aller vous recevoir encore, Manne vivante, Pain du Ciel !
L'EUCHARISTIE
La fleur du ciboire, l'Hostie, Qui, blanche et frêle, tremble au jour : C'est le Dieu de l Eucharistie, C'est le prodige de l'Amour.
to POÈMES MYSTIQUES ET CHAMPÊTRES
LE CŒUR DE JESUS
C'est au fond des Cieux éclatants, Séjour des mystiques phalanges, Que Dieu le Père, avant les temps, Montra le Rédempteur aux anges.
Les uns, dans l'orgueil et l'émoi, A l'Homme-Dieu se préférèrent.
Ils maudirent ce nouveau Roi, Mais les bons anges l'adorèrent.
LE CŒUR DE JÉSUS
Ils contemplèrent dans les Cieux Le Verbe fait chair, tout aimable.
Ils virent son Cœur précieux Plein d'un amour inexprimable.
Ils virent le Cœur trois fois saint, Eucharistique et plein de gloire, Qu'une chaste Vierge en son sein Porterait, comme en un ciboire.
C'était le Rédempteur vivant Et c'était le Cœur véritable De ce lointain petit Enfant Qui devait naître en une étable.
C'est au fond des Cieux éclatants, Séjour des mystiques phalanges, Que Dieu le Père, avant les temps, Montra le Rédempteur aux anges.
Ton Cœur, ô fils du charpentier, A travers l'ombre on le devine, A l'obscur et pauvre métier, A ta patience divine.
On le voit lorsqu'à ton retour, Pour les consoler d'une absence, A tes parents de jour en jour Tu montres plus d'obéissance.
On reconnaît ton Cœur divin Lorsqu 'auprès des tables joyeuses L'eau de Cana se change en vin Dans les urnes miraculeuses.
Lorsque les pains multipliés Et les deux poissons de l'éphèbe, Par centaines et par milliers, Nourrissent les gens de la plèbe.
Mais dans le fils du charpentier C'est le Bon Pasteur qu'on devine.
Ah! si le troupeau tout entier Suivait sa houlette divine !
Il est bon, il guérit les corps; 11 est pur, il guérit les âmes; Il groupe en d'éternels décors Les petits enfants et les femmes.
LE CŒUR DE JÉSUS 13
Il fait tressaillir les palmiers
Dans les champs que ses mains moissonnent
Et ses disciples, les premiers,
Devant ses miracles frissonnent.
Le lépreux l'invoque. Il l'entend.
Jamais son Cœur ne se dérobe.
Les miraculés, en chantant, Vont baiser le bord de sa robe.
A sa voix les démons ont fui, L'aveugle ouvre des yeux de rêve, Le boiteux marche et devant Lui Le paralytique se lève.
Il est bon, il guérit les corps; Il est pur, il guérit les âmes; Il groupe en d'éternels décors Les petits enfants et les femmes.
O Cœur, laisse-moi t'adorer Dans la très sainte Eucharistie.
O Jésus, laisse-moi pleurer Sur ta puissance anéantie.
Tout entier dans le Sacrement, Quand tu nous fais ce don suprême, N'est-ce pas là l'épuisement, O mon Dieu, de ta bonté même?
Ton Amour à notre besoin Ne pouvait offrir davantage, Tu ne pouvais aller plus loin, Car tu t'es donné sans partage!
Amour, laisse-moi donc pleurer Sur ta puissance anéantie.
O Cœur, laisse-moi fadorer Dans la très sainte Eucharistie...
Noble boisson que le vin, C'est aussi le Sang divin
Des calices.
Il brille au vase profond Et tous les prêtres en font
Leurs délices.
Au sarment devant l'Eté Déjà la sève a monté
Sous l'écorce.
Mais le prêtre au Sang d'un Dieu, Dans une coupe de feu,
Boit la force.
i6 POÈMES MYSTIQUES ET CHAMPÊTRES
Heureux l'homme au grand hanap Qui peut boire, cap à cap,
Loin des fièvres.
L'homme est plus heureux encor Qui porte un calice d'or
A ses lèvres.
Le vin est d'ocre ou d'argent, Il est au verre changeant
Rose ou fauve.
Au calice éblouissant Il disparaît dans le Sang
Qui nous sauve.
Vin pur et délicieux
En ce beau miroir des yeux
Met des flammes.
Mais le Sang du Dieu réel Sur le beau chemin du Ciel
Met les âmes.
Avant Cana, le Seigneur Portait déjà dans son Cœur L'autre agape :
La Cène au doux Sacrement, Où figurent le froment Et la grappe.
Pour cette œuvre de salut Le bon Rédempteur voulut
Faire un signe, Ajoutant, grave et troublé :
Vous n'avez plus ni le blé
Ni la vigne.
Mais c'est Moi que vous avez !
Prenez, mangez et buvez
En mémoire De Celui qui veut rester Au moment de remonter
Dans sa gloire.
Agneaux guettés par les loups, Les ombres autour de vous
Sont épaisses.
Ayez les yeux de la foi Quand pour vous je change en Moi
Les espèces.
ï8 POÈMES MYSTIQUES ET CHAMPÊTRES
Dans mon amour insensé Pour vous j'ai divinisé
La matière.
C'est tout mon Sang, ce vin clair.
Et ce pain blanc, c'est ma Chair
Tout entière.
LE BLÉ SUR LA COLLINE 19
LE BLE SUR LA COLLINE
La corneille au grand vol, la buse à l'œil sévère, Ont passé la colline au-dessus du Calvaire Où, la couronne au front, pend ce Christ accablé. Déroulant son manteau vermeil, un champ de blé Luit, se creuse et déploie, au soleil qui le frappe, Les feux de ses replis et les ors de sa nappe. Jusqu'au pied de la croix c'est un bruissement. Le grain que l'homme ici vint jeter amplement A germé, puis levé dans les fentes des pierres.
2o POÈMES MYSTIQUES ET CHAMPÊTRES
Les yeux du Christ, encor vivants sous les paupières, Voient. La terre elle-même est prise d'un frisson Et la brise sonore agite la moisson, Frémissante aux regards du Dieu qui mit en elle Le Pain miraculeux de la Vie éternelle.
L'an passé, sous l'ahan des chevaux aux pas lourds,
La glèbe, lentement convertie en labours,
Chaude, fumeuse et vierge, accepta la semence.
Bientôt le jeune blé couvrit la plaine immense;
Après la neige, après les souffles de l'hiver,
Il se montra plus haut qu'en automne et plus vert.
Avril l'emplit d'oiseaux et juin vit le prodige
De l'épi glorieux balancé sur la tige.
Le blé gonfla, mûrit et jaunissant encor
L'ardent soleil d'août en fit ce manteau d'or.
Il bouge. On voit sa gloire au flanc de la colline.
Une vague de feu se déroule et s'incline
Devant la croix, vers l'Homme aux bras suppliciés,
Et sans cesse agrandie elle expire à ses pieds;
Elle y porte son or, sa flamme, sa fumée,
Avec tous les parfums de la plaine embaumée.
O moisson radieuse et folle, il est écrit
Que tu seras changée au Corps de Jésus-Christ.
LE BLÉ SUR LA COLLINE
Notre âme comme un champ recevra la semence : L'Amour où tout finit, la Grâce où tout commence. Nous goûterons le Pain vivant, substantiel. Quelques mots... Et c'est Dieu qui descendra du ciel Pour donner dans 1 Hostie à quelque misérable Sa Chair humiliée et son Sang adorable. O moisson, vers ce Dieu qui choisit le froment, Lève ta grande houle et ton haut flamboiement. Emporte jusqu'à Lui le frisson de la terre! O nappe d'or, unie au plus profond mystère, Rassemble dans ton sein les souffles et les voix, Fais chanter la colline et soulève la Croix!