‹ Poemes, odes, epitres, et poesies diversesChapitre 18 sur 25 · A BARCELONE · texte numérisé non relu

A BARCELONE

ODE

Un monstre impur, hideux, né sur ce noir rivage

Où règne le soleil , bourreau de ses sujets *,

Digne envoyé des bords conquis par l’esclavage,

En silence, a des mers franchi les longs trajets.

Barcelone le voit de ses ailes immenses ,

Obscurcir tout à coup et sa ville et son port;

* La peste fut, dit- on, apportée à Barcelone par un

vaisseau qui avait fait la traite des noirs.

iA8 MAZET

Et sur ses habitants , surpris au sein des danses , Secouer la Peste et la Mort n .

Vois-tu ce spectre horrible , ô jeunesse insensée ,

Te suivre pas à pas , se mêler à tes jeux ,

Dans ta brûlante main poser sa main glacée ,

Et flétrir tes attraits de son souffle orageux ?

C’est la Mort!... ah! fuyez, désertez de ces fêtes, Vierges au front charmant , au sourire si doux ,

La fleur du citronnier qui couronne vos têtes , Vivra peut-être plus que vous.

La terreur a brisé le lien des familles ; *

Adieu nature, amour, et toi, sainte amitié !

Des mères de leurs bras ont repoussé leurs filles j

Des mères! Dieu puissant! ah! ce fut par pitié.

A BÂRCÊLONE. 149

C’est que du trait fatal elles-mêmes frappées ,'

Elles voulaient soustraire , hélas ! aux mêmes coups,

Leurs filles , jeunes fleurs à^I’orage échappées ; :

O mères, j’en appelle à vous! ' 1

Déjà l’on n’entend plus dans ces tristes murailles ,

Que la prière sainte et les cris des mourants.

Ceux mêmes qui guidaient le char des funérailles, Sous leurs chevaux lassés sont tombés expirants.

Mais tout bruit a cessé ; même le bruit des heures.

Le trépas enflammé court sur l’aile des vents;

' •* . • ’ • Et les morts sans tombeaux, de leurs propres demeures

Chassent le reste des vivants. . •

C’en est fait! en pleurant, la noble Barcelone

Voit ses fils tour à tour pencher vers le cercueil ,,

i5o i; MAZET

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Ses honneurs sont détruits , son front est sans couronne. Et le monde effrayé s’arme contre son deuil.

Ainsi, quand sous les traits d’Apollon implacable

Chacun de ses enfants autour d’elle est tombé,

Pâle et sans ornements, maudite, inconsolable,

Pleurait l’antique Niobé.

Malheureuse cité, renais à l’espérance;

La France a retenti du cri de ta douleur;

Bientôt, tu vas l’apprendre, il est dans cette France Des mortels dévoués au culte du malheur.

Les voilà! Leurs enfants, une épouse chérie,

Des amis vertueux qu’ils semblaient adorer ,

Rien n’a pu les fixer dans la douce patrie;

Hélas ! ils t’entendaient pleurer.

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