MAZET
Le gouffre dévorant se ferme avec sa tômbe, ' ' \
Et la Gloire assiste à sa mort. • 1 ’ • -
Fils du Pinde , prenez votre lyre immortelle ;
Entourez son tombeau de lauriers renaissants.
Ah ! quelle mort jamais et plus noble et plus belle
D’une Muse inspirée appela les accents !
La vertu seule a droit aux palmes de la gloire;
Malheur aux conquérants, fléaux 3eS nations ,
Qui promènent partout le deuil èt la victoire
Au bruit des malédictions.
Honneur à ces mortels que l’atnour environne ,
Que de nombreux bienfaits ont seuls rendus fameux,
Et qui , pour les bénir , virent à Barcelone »
Un peuple de mourants se lever devant eux.
. ' . A BARCELONE. i5i
Plus d'un Français conquit une Mais ce qu’a fait Rotrou pour sa noble cité ,
Louis , pour ses soldats, Belzunce, pour Marseille,
Ils l'ont fait pour l’humanité!
gloire pareille ;
ÊPITRE
AUX FRANÇAIS
ÉPITRE
AUX FRANÇAIS
Mes chers Français , écoutez mes leçons ;
Je ne viens point, moraliste sévère, .
Effaroucher votre tête légère ;
Pour vous prêcher, il vous faut des chansons,* Je le sais bien : pourtant, Peuple volage , .
Des temps passés je vais tracer l’image ; Écoute-moi : puissent tes longs excès , »
En t’instruisant, préparer tes succès; .
Je puis parler : déjà de la frontière
A disparu le terrible étranger :
ÉPI TR E
Il daigne enfin. ne plus nous protéger.
Ah ! n’allons pas dans' notre ardeur guerrière , Ne trouvant plus au loin gloire et danger, Aux fiers partis livrer la France entière; Soyons unis! Peuple brave et léger ,
L’esprit t’égare et le sort te balotte ;
Rire est ton fait; mais ton bras valeureux " ' Porte à la fois le glaive et la marotte;-* m ' Quitte le glaive et tu seras heureux.
Sur notre terre , il est une Euménide / ' - > '*
Au corps- hideux , à lâ tête livide',
Sa bouche est torse et son œil est hagard ;
Reine du monde, un serpent homicide
Est sa couronne , et son sceptre un poignard : La Mort la suit, la Vengeance la guide,
AUX FRANÇAIS
L’Effroi , l'Horreur volent à ses côtés :
Seule , au milieu dé son fougueux cortège , Elle parcourt les airs épouvantés, V
Remplit de sang les' temples , les cités Flétrit les cœurs d’un souffle sacrilège ;
Ce monstre impur , échappé d’Albion,
Est parmi nous : la Discorde est son nom.
Elle naquit aux champs de la Tamise; .
Le Parlement, à qui Londre est soumise,
Par un décret l’exila vers nos bords.
Sur les débris du trône et de l’église,
Sur des monceaux de mourants et de morts ,
Elle fonda son horrible puissance :
De deux partis exaltant les fureurs,
Dans ses deux mains l’étendard de la France ♦
i6o ÉpiTRË.
Parut, orné de diverses couleurs.
Chacun prenant différente bannière,
Vit le bonheur au bout de la carrière
Où son erreur l’engageait follement :
L’Ambition travailla sourdement;
Thémis, sans force, et réduite au silence,
Abandonna son glaive à des bourreaux ,
Et la Terreur . s’armant de sa balance,
Dicta la loi du pied des échafauds.
Amour céleste , amour de la Patrie , * /,
Tu mis un terme à toutes nos douleurs,
Des factieux lu contins la furie;
Ah ! règne encore et viens sécher nos pleurs.
AUX FRANÇAIS
Qu’aimer est doux , que haïr est pénible !
Quand l’Anarchie, après tant de forfaits,
A nos regards cacha sa tété horrible , v
L’Humanité nous rendit ses bienfaits,
L’Espoir riant, à nos cœurs satisfaits Fit entrevoir un avenir paisible ,
L’homme égaré se retrouva sensible
Et répara les maux qu’il avait faits.
Mais n’est-il plus de repos sur la terre !
La Trahison menace nos confins ,
Et la Discorde, excitant les Germains,
Revient vers nous sur le char de la guerre
On vole au feu : les bronzes destructeurs
De part et d’autre ensanglantent l’arène ;
'• *.■-*».* Zt ■
La pale Mort, assise dans la plaine,
ÉPITRE
D’un rire affreux accueille nos fureurs .
Et de sa main décimant les vainqueurs
Du champ fatal se lève souveraine.
De la raison méconnaissant les lois , Français, Français, l’héroïsme en délire A-t-il toujours dirigé vos exploits ?
Vous combattez pour repousser les rois ;
Et sous vos yeux s’élève cet empire
Qui doit bientôt vous priver de vos droits.
Astre de mort, mais brillant de lumière,
A son lever présageant sa grandeur,
Napoléon , de la France guerrière ,
Par ses travaux soutenait la splendeur.
Il voit le trône! il le voit, le désigne
AUX FRANÇAIS
Comme le but , le prix de ses travaux;
Dès qu’il y monte, il en devient indigne ,
Et le tyran remplace le héros. ,
O Liberté! quoi, déjà tu succombes?
Mais non : nos cœurs ont conservé tes lois Sous un consul tu chancelles, tu tombes; Tu renaîtras sous le sceptre des rois.
Depuis douze ans , la France consternée Payait sa gloire , et du poids de ses fers.
Pour s’alléger, écrasait l’Univers,
Quand, vers le Nord, malgré sa destinée,
Napoléon a connu les revers.
Superbe espoir d’abaisser l’Angleterre,
164 ÉPITRE
D’humilier ses premiers ennemis, ' *
Vaste projet de conquérir là terre, ’ *•
De lui léguer un maître dans son fils ,
Vous n’êtes plus! lés rochers de l’Ukraine Sous les frimas sont soudain engloutis ,
La Mort paraît , l’Aquilon se déchaîne ,
Et, dans les mers, le sanglant Borysthène ?
De ses vainqueurs disperse les débris. »
Napoléon voit Ses lauriers en poudre ,
11 fuit, il fuit, et, prompt éomme la foudre,
Do son aspect épouvante Paris.
Alors, ces rois qui marchaient' à sa suite ,
Et dont il fut la terreur ou l’appüi,
Sur les destins rejetant leur conduite,
Brisent lç joug et s’arment contre lui.
Mais âbrégeons ce récit déplorable.
AUX FRANÇAIS. r65
L’Europe enfin sç lève, formidable* , . ' .
Et par la force -etqrar.la trahison , 1 •
Sur nos tombeaux élevant ses trophées , • '
Des bords du Tage aux montagnes Ripliées,
Ses rangs guerriers ont noirci l’horizon.
Paris, confus, leur ouvre ses murailles,
Et la Discorde, attisant tous ses feux ,
Rugit , s’élance et s’y glisse avec eux.
Napoléon , aux champs des funérailles, N’ayant pour lui que son nom, ses soldats,
Se voit proscrit au sein de ses états,
Et perd le sceptr.c en gagnant des batailles. Terrible exemple! Écoutez Potentats :
Ne pensez pas que vos ligues fidèles
En ont, purgé le sol de nos aïeux;
ÉPITRE
L’opinion , bien plus puissante qu’elles , '
Vous* a livré ce despote orgueilleux;-' \ ■ Car, dans la France, où son règne Odieux A de la gloire éteint l’idolâtrie, *
II eut un trône et n’eut point dé patrie.
Louis se montre ; il vient nous consoler :
De ses vprtiis parant le diadème ,
Séchant des pleurs qu’il n’a pas fait couler
* Tl '
il veut sauver un peuple ingrat qu’il aime.
Mais U Discordé a tramé ses complots Changeant le sort des fils de Henri- Quatre , L’aigle bruyant a traversé les flots, ’
Et l’étranger revient encor l’abattre.
Guerriers français, © vous que les combats
AUX FRANÇAIS
Ont moissonnés aqx champs de la, Belgique,
Vo's ennemis ont, par leurs attentats,
Justifié votre mort héroïque.
Consolez- vous , légion de héros,
Nous jouirons de Vos peines dernières,
De toutes parts s’élance un cri d’horreur.
Ce fruit des arts qui couvrait nos musées , Ces monuments qui flattaient notre orgueil Nous sont ravis, et les Muses en deuil
Versent des pleurs sur leurs lyres brisées : ,
Tels sont nos maux : sachons les réparer ;
Sortons enfin de cçtte nuit, profonde; >
ÉPITRE
Peuple Français, tu fis trembler le inonde,
. Fais plus encore et sache l’éclairer.
Gravissons tous les monts de Méonie; Saisissons tous nos lyres , nos pinceaux ,
Et, préludant à des combat? nouveaux, Soyons vainqueurs dans les champs du génie.
Vous que le ciel combla de ses faveurs,
Du grand Zeuxis immortels successeurs ,
Gérard , Guérin , réparez notre perte ; •
Toi , Girodet , apprête tes couleurs ,
Le peuple attend , et la lice est ouverte.
Ami des arts , mais fidèle à l’honneur ,
Peuple Français, si, troublant ton bonheur,
Les fils du Ndrd , dans leur fougueux délire Renouvelaient des jours trop désastreux f
AUX FRANÇAIS. iGt*
Quitte aussitôt les pinceaux et la lyre ,
Reprends le glaive et tu seras heureux.
Pour être heureux, il faut de notre gloire,
Éterniser le noble souvenir;
De nos erreurs écartant la mémoire ,
Autour du trône il faut nous réunir ;
Pour être heureux, il faut, au sein des villes, Que l’artisan vive de son, labeur; >
Que le fennier , dans ses plaines fertiles ,
Conduise en paix le soc agriculteur;
Et que le sage , isolé de ce monde ,
Ne soit troublé dans son rêve enchanteur
Que par lé brüit du feuillage et de l’onde.
O Liberté, voilà tes saintes lois! , { .
Reviens vers nous r non telle qu’autrefois
É PITRE
Quand la Discorde usurpait ta puissance,' Squelette affreux du colosse romairt,
Marchant la pique et la hache à la main, •
Ne respirant que rage et que vengeance.
Reviens vers nous ; viens combler notre espoir : Que ton éclat ne. soit plus chimérique;
Le sein couvert du manteau monarchique , Tenant en main le sceptre et l’encensoir - ,
Auprès du trône aujourd’hui viens t’asseoir#
Dis à Louis que de sa belle France Il doit lui-même assurer tous les droits ;
Que des sujets l’union , la puissance,
Font la grandeur et la force des rois.
Dévoile-lui cette ligue orgueilleuse,
Du diadème esclave ambitieuse,
AUX FRANÇAIS
Qui , ne rampant que pour mieux dominer, .
Voulant des fers , mais pour nous les donner ,
Des préjugés recule la barrière , .
Ferme les yeux pour nier la lumière, , . , ,
A mis le trône et la Charte à l’encau : y
Et , dans l’excès d’une folle manie ,
D’ùn empereur a fui la tyrannie ,
Mais de son roi voudrait faire un tyran.
O Liberté! que la Discorde expire
Près du méchant dont elle fut l’appui ;
Que notre Roi , pour le bien de l'Empire ,
Veille sur toi, tu veilleras sur lui :
Et nous, Français, en essuyant nos larmes, )
Nous reverrons un horizon plus pur;
Au sein des jeux et sous un ciel d’azur , . ■ • ;
i7?. ÉPITRE AUX FRANÇAIS.
Prenant la lyre et déposant les armes ,
De la beauté nous chanterons les charmes.
Toujours unis par nos lois, par nos mœurs, ' Nous jouirons sans troubles , v sans alarmes, ’
Et noùsdirôns ; oublions nos erreurs ,
Plus de- discorde; ardente à disparaître , '
Elle a rejoint le lieu qui la vit naître ,
En nous laissant plus instruits et meilleurs.
Aimons Louis , non comme on aime un maître
Mais comme un père". Objet de tant de vœux
La Liberté, plus riante et plus belle, 1 Jette sur nous un regard amoureux; ' Sachons joifir de ses bienfaits nombreüx ,
Sans pénétrer sa nature immortellè ;
Si le bonheur n’existe pas sans elle,
On est donc libre alors qu’on est heureux.
É PITRE
AUX GRECS
*' m Wi U-- pif - W
'ywy > -o .
É PITRE
AUX GRECS
«Du Mont Olympien contemplez le sommet,
« Disaient avec mépris les fils de Mahomet.
« De loin, son front neigeux semble percer la nue;
« Comme l’albâtre pur il éblouit la vue ;
« Et cet éclat, de près, n’est qu’un horrible amas « De neiges, de brouillards, reste impur des frimas.
« H domine la Grèce , il en offre l’image;
« Le vulgaire, en aveugleà tous deux rend hommage; , « Les honorant encor dans leut astre éclipsé ,
« If voit en souvenir,. comme aiix jours du passé,
EPITRE
« L’Olympe ouvrir aux Dieux une noble retraite ,
« Les Grecs dicter des lois à la terre muette ;
« Prestiges imposteurs , par la lyrj^ransmis !
« L’Olympe n’est qu’un roe, et les Grecs sont soumis.
« Rampants, dégénérés, dans leur lâche impuissance,
« Ils ont méipe avili jusqu’à l’obéissance.
« Un décret du divan , un rayon du solpil, ,
« Detousdeux,enun jour, rendraient le sort pareil ;
« On les verrait alors tout-à-coup se dissoudre;
« L’un monter en vapeurs, l’autre tQmber én poudre. »
Us disaient : les frimas par les ans amassés Ceignaient d’un voile blanc l’Olympe, aux flancs glacés :
Us disaient; et sa cime au même instant s’agite;
La neige, à flots pressés, descend, se précipice ,
Entraîne, dans son cours, ce manteau des hivers,
AUX GRECS
Dont le mont orageux avait les flancs couverts :
L’avalanche, en tombant, grossit, rugit et roule; La terre avec fracas sur sa route s’écroule ,
Le pin audacieux , et l’yéuse aux cent bras , .
Brisés , déracinés, ne l’arrêteront pas !
Les vents dévastateurs mugissent devant elle; - L’Olympe, tressaillant, sur sa base chancelle,
Et voit voler au loin le corps pulvérisé * «
Des railleurs imprudents qui l’avaient méprisé.
L’astre pur de la Grèce au même instant se lève. Sur les hauteurs d’Æta, terrible , armé du glaive , Le grand. Léonidas, debout, est apjparu F Il pousse un cri de guerre ! A ce bruit imprévu La Thracé se réveille , et l’écho du Pangéc
Le rend en murmurant. à la Grèce outragée.
ÉPITR E
Il court dp. rive en rive, aux bords (Je l’Hellesponi,
Athènes le répète, et Tjhèbes y répond;
Touts’ârmel Cessezdoncde rampersous des maîtres;
Fils aînés 'de la gloire, imitez vos ancêtres; .
Pleins de leur souvenir, et soutenus par eux ,
Poursuivez noblement vos destins igénéreux, 1 ..
J£ntendez-vous*les cris dp Rhodes expirante ?
Voyez-vous s’éleyer la flamme dévorante?
4 Déjà votre tyran par ses lâches fureurs •
A trahi sa faiblesse et ses viles terreurs. - , , >„ ; Cité d’Homère, ô Smyrne! ô belle Êivadie!
S’élançant de vos murs, la Mort et l’Incendie
Ont frappé vos enfants, ont renversé vos tours ,
Et vengé ces guerriers, cornpüpes des vautours.
AUX GRECS
Que faisais-tu , sultan , quand le sang et les larmes
Inondaient ton royaume, en proie à tant d’alarmes?
Aux murs de Constantin, fier soutien du Croissant,
Toi-même dirigeais le Meurtre obéissant :
De* ton divin prophète , imitateur fidèle ,
C’est par de tels exploits que tu prouves ton zèle.
Dans le sang des Chrétiens tu t’es purifié.
D’un verset-du ROran ton fer sanctifié, i
Te rappelle ta loi. Devant ton cimeterre ,
Toi-même prosterné , tu vois d’un œil austère » - ' .*
Jusques à quel endroit de ce verset sacré,
Au cœur de tes sujets ton glaive a pénétré.
Mais les yeux fatigués du spectacle des, crimes.
Et dans les voluptés oubliant tes victimes,
Tu cours, dans ton harem, les bras ensanglantés,
' É PITRE
Enlacer tour à tour de faciles beautés. * ’
Là, les chants cadencés et les danses légères , ;
Les baisers, les parfums, les amours mensongères,
Entourent de plaisirs ton fastueux repos.
Mais quel navire en deuil a sillonné les flots?
Sous les murs, du sérail , il arrive, il s’arrête, i
On l’annonce au sultan , qui sourit, et la fête . ' S’interrompt. Les héros pour sa vengeance armés, Envoyaient à leur chef jles dons accoutumés.
On les apporte enfin : un voile noir les couvre.
Le front riant, lui-méme, aussitôt il l’entr’ouvre; <r Et ce spectacle affreux n’a pas glacé tes sens ! Écartez ! écartez I. cés horribles présents !
Ces membres jnutilés , et ces têtes sanglantes !
O Grecs trop malheureux! ces lèvres pâlissantes ,
AUX GRECS. r8i
Ces yeux, ces fronts éteints, de deuttænveloppés,
Que la gloire enflammait;, que la mort a frappés,
Dans leur silence affreux vous demandent vengeance!
Déjà votre ennemi se trouble à leur présence;
U frémit! L’insensé, de terreurs assailli,
Redemande aux plaisirs un seul instant d'oubli.
Le jqur, l’ennui l’assiège ; et la nuit, un vain songe
Dans des ennuis plus grands à l’instant le replonge.
Dans les tristes longueurs d’un sommeil incerta in , Armé du labarum , il a vu Constantin
Lui même l’arborer au faîte des mosquées.
« De ces Chrétiens maudits les ombres évoquées ,
« Viendront-elles sans cesse irriter mes fureurs ?• *
« Périssent de Jésus tous les vils sectateurs! »
Il a dit : un long cri part de la Palestine :
Déjà Jérusalem n’est plus qu’une ruine;
i iG *'
Et par tou Tics Chrétiens, d’épines couronnés. S’unissent par le sang aqx Grecs infortunés.
•Tu triomphes, sultan?..» Non! une voix terrible Le poursuit en tous? lieux cette yoix inflexible Lui révèle à grands cris le destin qui l’attend ;
Autour de lui, partout et sans cesse, il entend / Dans ses jours de carnage et dans ses nuits de fete :
« Gloire, gloire à la croix,- et malheur anprophète!»
Nobles Grecs, levez- vous! l’oracle est prononce!
Pour ^pus un nouveau siècle est déjà commence :
En vain l’Asie entière , en sa lâche furje ,■ • v .
* Inonde de soldats votre sainte patrie; ; V
Sur vos rives , en vain ses gUeipiers menaçants ,
En nombre ont surpassé vos.épisjawissanM,. •
Qu’importé? de leur sang nos glaives.sont avides ; ,
AUX GRECS
il»
Et, violés par eux, vos sépulcres^ont vides ; .
Qu’ils viennent! Dussiez-vous encOr, dans vo&siüôus.
Voir se multiplier leurs nombreux bataiUoii^
Sur leurs mille vaisseaux , enfin dût le Bosphore -
Vers vos champs désolés les revomir encore «
Osez les affronter ! et peut-être en ce jottr La barque de Xercès les attend au retour. . * .
Contre un seul ennemi la haine» vous rassemble ;
Ne faites plus qu’un peuple et méfccheztfousensemble. ^
Que le Mainotte fier, de Sparte l’héritier,
L’Arnaute au manteau blanc, le Suliotc altier,
Le Thébain valeureux , et les enfants d’Athènes,* «
Qui, conservant leur nom, purent porter des chaînes ,
Aux fils de la Moiée unissent leurs héros,
Ceints des mêmes lauriers, sous les mêmes drapeaux-
184 ÉPITRE
Dans q uëls lieux, sut quels bords, voire ardeur vengeresse
Pourra-t-elle éclater en faveur de la Grèce-
Sans cgi’un fier souvenir, vous guidant aux combats, N’agrandisse vos cœurs, n’affermisse vos bras,?
Ici, du roi persan la flotte submergée
Couvritde ses débrisjes rives de l’Égée.
plus loin est Marathon. Dans cechamp glorieux.
Un tyran expira vaincu par vos aïeux.
Seul , à la liberté Démosthène fidèle Ici la- défendit; là, lîïôürut avec elle:
Voyez ce défilé , fameux dans l’uUivers , r '
Encor resplendissant d’un sublime revers!
C’est au pied de ces monts qu’une immortelle gloire Couronna le malheur et non pas la victoire.
Mais jusqu’à l’AsopûS prolongez vos regards :
ta Terre avec amour ÿ rit de toutes parts;
AUX GRECS.'
La moisson y mûrit, le roseau s’y balance,
1 # Les troupeaux-nonchalants y paissent en silence ;
Une onde fraîche etpure y coule sur des fleurs.
Cependant cette terre, aipour de vos pasteurs ,
D’un pied indifférent par tant de Grecs foulée ,
Recouvre des Persans le vaste mausolée 5
Là, fut jadis Platée; et là, du roi des rois,.
Tous les sceptres brisés tombèrent à la fois,
Que de vos jours de deuil s’efface la mémoire! Grand Dieu ! revêts encor d’héroïsme et de gloire Ce sol jadis si libre, où le Grec aujourd’hui Se courbe sous un maître, esclave comme lui.
Chassez loin de vos bords l’Asie épouvantée;
La Gloire, un sceptre en main , vous attend à Platée'.
ÉPI TR E-
Nobles Grecs, dans ces lieux, témoins de tant d’exploits,
Revenez, dignes fils des héros d’autrefois,
De l’ennemi vaincu proclamer 4es défaites, v .
Et de la Liberté ressusciter les fêtes!
Mais cette Liberté, Protée insidieux?,
Sous mille aspects divers sait éblouir les yeux ;
Des peuples corrompus, hôtesse passagère*
Elle offre en souriant sa faveur mensongère ;
Nous captive, nous trompe, et devient tour à- tour L’objet de nos' dédains , l’objet de notre amour.
De plus, en ce moment, l’Europe vous contemple. Et pour sCs fils déjà redoute* un grand exemple.
Vous n’étes plus an temps où les Huns, les Gaulois,
Vivaient dans leurs forêts sans Culture et sans lois ;
• Q » la G^èce^, assemblant tant de sages célèbres ,
AUX .GRECS
S’élevait comme ua phare au milieu des ténèbres.
Tout change sur la terre; et le Scythe aujourd’hui,
De ses anciens vainqueurs va devenir l’appui. 1 r #
Acceptez ses secours , sachez les reconnaître ;
Mais dans un bienfaiteur n’adoptez pas un maître.
De vqs premiers revers rappelez le sujet :
Le Macédonien aussi vous protégeait !
Thèbe , à ce souvenir, a consulté sa cendre ;
Et sur tous ses débris voit le nom d'Alexandre !
Non ^croyons qu’un héros,, prompt à vous secourir,
Viendra vous délivrer, et non vous conquérir *.
Grâce à lui , de grandsjours vous pourront luire encore L’Archipel à sa voix va s’unir au Bosphore; • *
/; " . Mi ’ .7 . V Vv. ■
'Cette épitre a été publiée en 1821.
ÉPITRE
Le second fondateur de ce nouvel état ,
Il lui rendra ses lois et son antique éclat ;
Et la Grèce , naguère impuissante , opprimée ,
Sera pour notre Europe une' frontière armée.
C’est alors qu’affranchi# du joug des étrangers ,
Il vous faudra peut-être à de nouveaux dangers
Opposer vos efforts dans le sein de vos villes *
Et bannir de vos murs les discordes civiles.
Pour soutenir vos droits, toujours libres et grands,
Pour être encor des Grecs, pour chasser vos tyrans,
Ce n’e^t pas tout de vaincre! il vous faut voir l’abîme;
Il faut savoir borner votre, essor magnanime.
La Modération est force : vos guerriers ,
AUX GRECS. * 189
Sous des arcs triomphaux regagnant leurs foyers, Déifîront leurs chefs, qu’en son idolâtrie Le peuple va nommer pères de la patrie , > ,
Auteurs du bien public, protecteurs de Tétât!
Et qui vous dit alors qu’en Taine d’un soldat Ne naîtra pas l’espoir de soumettre au servage
Un peuple inculte encor et né dans l’esclavage ?
Tel fut notre destin , hélas ! et mon berceau
Vit d| la Liberté rayonner le flambeau :
Alors était passé le temps des^Saturnales ;
La France renaissait; les nations rivales
Abaissaient devant nous leur front obéissant : Vainqueur du léopard, . de l’aigle et du croissant , Un héros , jeune encor, entre ses mains puissantes , Brisait des Factions les tètes menaçantes : t ,
ÉPITRE
Citoyen , il faisait et défaisait, les rois ;
Fidèle à son pays , il respectait ses lois :
'Des bords du Dniester ayx rivages du Tibre ,
Il brillait glorieux , l’astre du peuple libre !
Quel bras, maudit du ciel, l’arrêta dans son coure? Bonaparte vainqueur n’est-il plus son recours ? Non! Périsse sa gloire, effroyable chimère ,
Fils de la République , il a tué sa mère !
Ce glaive étincelant dont nous L’avions armé , .r En sceptre dans sa main s’est bientôt transformé ; En voulant s’élever , il s’abaissa lui-méme ;
Et n’eut vraiment d’égaux que sous le diadème.
Redoutez le pouvoir -qui suit la liberté. , il faut flatterie peuple’ après l’avoir dompté;
Il lui faut des hochets , de la gloire et des fêtes :
AUX GRECS. * 191
La Liberté mourante enfante les conquêtes.
Ainsi Napoléon a su dorer nos fers.
Se lavant de sa honte aux yeux de l’univers , Déserteur de Varus , l’oiseau du Capitole ,
.Secouant ses débris, s’élance de la Gaule;
Sous un nouveau César prend un nouvel essor ,
Et sur le monde entier veut dominer encor.
Mais tandis qu’au dehors la France 'glorieuse Voyait de toutes parts l’aigle victorieuse .» Foudroyer, en courant, les peuples effrayés;
Au dedans , ses succès étaiënt tous expiés.
Sous sa gloire pesante accablée elle-même ,
Un crêpe enveloppait son triple diadème;
Ses mains portaient des fers, et son manteau brillant N’entourait de splendeur qu’un corps faible et mourant.
ÉPITRE
Tels on voit ces tombeaux qu’un vain luxe décore : L’albâtre , les métaux , le marbre osent encore Y couvrir le néant d’un vêtement d’orgueil ;
Mais écartez ce voile et brisez ce cercueil :
Que cachait tant d’éclat? La Mort et les ténèbres !
O Grecs ! mais écartons ces images funèbres ; Soutenus par l’exemple et le sort des Français,
Imitez leurs vertus, évitez leurs excès;
Choisissez -vous un chef en qui le faible espère; Qu’il soit de ses sujets, et le guide,’ et le père; Entouré par la loi d’un utile lien ,
Impuissant pour le mal, tout puissant pour le bien; Qu’il fonde son pouvoir, non sur sa politique, Maissur l’amour du peuple et la splendeur publique.
AUX GRECS. îgi ,
Écartez de sa cour ces lâches complaisants ,
Des fautes des grands rois infâmes artisans ;
Qui les poussant bien loin des routes légitimes ,
En deviennent souvent les premières victimes;
Mais qui, vils et flatteurs, jusque dans leurs revers, Baisent encor la main qui les charge de fers :
Tels ces fil» de l’Indus , dans une sainte extase, Encensent à genoux le dieu qui les écrase.'
Que le succès toujours sourie à vos exploits !
Fondez-vous un empire * et créez- vous des lois,
Braves Helléniens ; pour votre délivrance, , «
Redoublez de valeur et de persévérance.
Mais enfin si le sort porte à vos ennemis
Ces lauriers mérités qui vous étaient promis ,
Sachez tomber du moins 1 immortelle hécatombe ,
É PITRE
Du giand Léonidas allez rouvrir la tombe; Auxchampsde la Belgique imitez nosFrançais :
La gloire est dans la cause et non dans le succès.
Nous, formés par vous seuls à la douce harmonie, Héritiers de vos lois et de votre génie ,
P uissions- nous, célébrant vos vertus, vçshauts faits, De vos chantres divins payer tous les bienfaits !
Si leur art immortel lions échut en partage.
En faveur de leurs fils employons l’héritage. Doublant votre héroïsme, o Grecs, puissent nos vers é Agrandir vos exploits, . consoler vos revers!
Nous dirons noblement la légion sacrée ,
A^ec gloire, au combat., tout entière expirée;
Vos ennemis vaincus, engloutis sous les eaux, D’une autre Salamine épouvantant les flots;
AUX GRECS
ig5
Une femme, un héros, par sa valeur, ses charmes, L’ornement de son sexe, et l’honneur de vos armes. De la vie un moment rallumant le flambeau,
Que Riga, plus heureux, entr’ouvre son toml>eau , Pour entendre les luths d’IJellénie et de France
Proclamer Je grand jour de votre délivrance !
NOTES