‹ Poëmes, odes, épîtres et poésies diversesChapitre 12 sur 20 · POLR L'ENGAGER A VENIR SE FIXER EN FRANCE · texte numérisé non relu

POLR L'ENGAGER A VENIR SE FIXER EN FRANCE

(Ces vers sont censés traduits d'une Epîtrc latine de J. Du Bellay. )

Post teucliras lux.

Our le siècle fameux que je vis s'achever, Érasme, ainsi que toi , je me plais à rêver;

Cette pièce fui couronnée par l'académie Française

rn 1S22.

i3o LA RENAISSANCE

Je suis dans leur essor nos devanciers célèbres, Météores brillants, nés du sein des ténèbres, Qui, seuls , et soutenus par leurs propres travaux, Marchèrent dans la nuit sans guide et sans rivaux.

" fe.

Dévoilant l'univers à son émule habile, Cusa voit le soleil , sur son trône immobile , Gouverner en repos, monarque glorieux, Les astres voyageurs, ses sujets radieux. Inquiet et rêveur, les yeux fixés sur L'onde, Colomb, vers d'autres mers, devine un autre monde; Du lieu de leur naissance à jamais exiles. Dans leur second berceau noblement rappelés, Des Arts consolateurs la foule enchanteresse . Avec la Liberté, fuyant loin de la Créée,

* Cusa conçut le premier l'idée du système planétaire, qui rendit fameax le nom de Copernic.

DES LETTRES ET DES ARTS. i3i

De la belle Italie a repris le chemin :

Noble et dernier hommage offert au nom romain î

Bien plus, un nouvel art, conquête du génie, Que se dispute encor l'antique Germanie , * De ses frères en deuil rassemblant les débris, Contre les coups du sort leur ouvrant des abris, Préparant leurs progrès, relevant leurs ruines, Multipliant les sons de leurs Ivres divines, Sachant suivre leur vol et le favoriser, S'élève au milieu d'eux pour les éterniser.

Notre France, il est vrai, repoussant la lumière, Sur cette vaste route apparut la dernière ; Et , parmi tant de noms à jamais triomphants ,

* L'imprimerie.

i^2 LA REN WSSANCE

Ne put inscrire alors le nom de ses enfants.

Noire astre enfin se lève! autour de nous, Érasme, Des sciences, des arts le noble enthousiasme Partout se fait sentir; accours le propager; Et, d'après nos aïeux, '•.•-se rie nous juger.

Grâce à la controverse, hélas! naguère, en France,

La sottise régnait par le droit d'ignorance :

Sans doute, dans ce temps, on eût vu nos docteurs

Châtier les Beaux- Arts et tous leurs sectateurs ,

Et, d«- par Iristote el la théologie,

Les condamner an feu, pour tanse de magie.

Mais ces temps ne sont plus. In monarque éclairé Offre aux Arts, dans sa cour, un asyle Minv. Lui-même, le Pi ont ceint do leur palme immortelle,

DES LETTRES ET DES ARTS. iT5

Pour leur bâtir un temple, à son aide il t'appelle. Viens, réponds à ses vœux: tu trouveras en lui Quelquefois un rival, mais toujours un appui ; Tu verras, par ses soins, notre belle patrie Accroître incessamment son ardente industrie. Déjà le Rhône a vu, sur ses bords écumeux,v S'ourdir, à filets dror, ces tissus si fameux, Qui disputaient jadis à la pourpre elle-même L'honneur de rehausser l'éclat du diadème, Trésor dont, près du Gang»1, un ver, phénixnouveau, Construisait à la fois sa tombe et son berceau. De nos jardins pompeux la savante culture, Même en la consultant, corrige la nature; Les végétaux, enfants de vingt climats divers,

* Premier établissement des manufactures de soieries ! y.-».

i34 L \ RI n \ iss \ \ C l

Semblent auprès de nous concentrer l'univei

Mille vastes palais, éclatants de riches Comme un royal cortège environnent Lutèce; Et, pour mieux les orner, de magiques pinceau I Les ont peuplés encor de belles, de héros. Là, sous nos veux trompés., Cléopâtre respire : h;ms ses bras, oubliant et la gloire et l'empire, Antoine, languissant, poursuit la volupté, Et du monde concpiis s'endort déshérité. * Non loin de Cléopâtre, Agnès revit encore ,** Rendant à la vertu le prince qu'elle adore : Donner l'exemple à tous est le devoir des roisj Charles, dit-elle , oublie et ton nom el tes droits:

' Tableau du l'i iinatice.

tableau de Léonard de Vinci.

DES LETTRES ET DES A.RTS. i35

" A l'Anglais ravisseur cours arracher ta France; < L'héritage d'un preux est au bout de sa lance. »

Ainsi, dans nos palais, Érasme, les Beaux-Arts

Instruisent notre cœur en charmant nos regards.

François les appela du fond de l'Italie,

Pour adoucir les mœurs de la France ennoblie :

Vinci, Roux, Primatice, accourus à sa voix,

Vinrent éterniser sa gloire et ses exploits.

Le laurier d'Apollon défend seul de la foudre !

Des revers de Pavie il a seul pu l'absoudre;

Et, quand le char de Mars sous ses pieds s'est brisé,

Les Arts ont ceint de fleurs son front cicatrisé.

La Science, à son tour, agrandit son domaine; Tire d'un long sommeil l'intelligence humaine :

i. \ RENÀl vs v \c:i

Scaliger, des anciens révélant les beauti

Répand sur leurs écrits de soudaines clartés. Etienne, Duchâtel, par des règles prescrites , Osent à notre langue assigner des limites; Et, d'un honteux mélange affranchissant les mots. Brisent le dernier joug imposé par les Goths. Censeur des préjugés, ces tyrans du vulgaire, Coin tant d'un voile impur une morale austère , Rabelais, en riant, instruit le genre humain ; C'est le sage Platon, une marotte en main. De Poyet,de Duprat, l'éloquence sublime Au front du criminel a fait parler le crime; Parle dieu d Kpidaure un mortel inspiré Franchit enfin le seuil de son temple sacrt : Et mes frères, si j'ose, Érasme* à laot de glbir< acier leur nom. légueront à I Insinue

DES LETTRES ET DES ARTS. i V

Ces jours où la Science a repris sou flambeau , Et des Arts renaissants éclaira le berceau.

Ah ! que par l'équité leur plume alors guidée, Retrace à notre amour le grand nom de Budée î Jeune encor, du pouvoir il se sent détrompé; Il poursuit le bonheur vers ce mont escarpé Où mûrissent ensemble, et sur la même route. Les doux fruits du savoir, les fruits amers du doute. Par lui, les textes saints, à leur clarté rendus, Troublant dans leurs excès les docteurs éperdus, De ces pharisiens l'avide intolérance Disparaît lentement avec leur ignorance; Par lui , s'ouvre ce temple , * où de nombreux échos

* Fondation du Collège Royal, depuis Collège de France.

r38 F. A REH \ ISS A \CI

Des Langages divers vont répéter les mots. Là, viendront retentir, pour L'habile interprète , Les ci is de Démosthène et la voix du prophète, La lyre des Romains, la harpe do Sion : C'est un autre Babel , mais sans confusion.

Seul, Budéo éleva ce sublime édifice.

Eh bien ! offrant à tous sa gloire en sacrifice, C'est toi , toi son rival, qu'il désigne aujourd'hui Pour féconder son oeuvre, el briller après lui. Réponds à son appel, à celui d'un monarque Qui -sent de sa faveur t'offrir la haute marque. Viens; tu verraschez nous tous les cœurs ranimés, Les beaux-arts en honneur, les a) mis réformés.

Le langage français, maintenant en estime,

Pei met à L'accusé de connaît

re son itihic ;

des Lettres et des arts. i3g

Et le latin, banni de tons nos tribunaux, Dépouillé dn fatras de nos jargons nouveaux, Va transplanter pour nous, au sommet du Parnasse , Les forets d'Albunée où dort le luth d'Horace; Tandis que, faible encor, notre jeune Apollon, Qui jadis bégayait dans les bras de Villon, Sent accroître sa force, et, plein d'un beau délire, Des chantres d'Ausonie ose emprunter la lyre.

Muse de nos aïeux , on te vit autrefois Visitant les forêts des Francs et des Gaulois, La serpe d'or en main, le front ceint de verveine. Détacher, en chantant, le gui sacré du chêne. Plus tard, tu parcourus, sur un char vaporeux, Les donjons, les tournois , les chàtelsde nos preux: Éternisant leur flamme, élevant leurs trophées,

]',«• LA RE» \ i s s \ N CE

Tu marchais, conduisant le cortège des fées Quelquefois i aux rayons du soleil le plus pur. Livrant aux doux zéphyrs ton éebarpe d'azur, Sur nos lacs transparents mollement entraînée , De joncs et de glaïeuls la tête couronnée, Tu passais comme un songe; et, pour le recevoir, Un palais de cristal s'entr'ouvrait vers le soir. Notre roi-chevalier te vit, simple et légère, Arriver à sa cour en habit de bergère : Ton langage naissant, ta naïve candeur, A force d'innocence alarmaient la pudeur. Marot sut, te guidant vers la double colline, Prêter un air d'aisance à ta marche enfantine, h' l'esprit et du goût t'enseigner lc> secrets, l'.t d'un voile léger embellir tes attraits. Invoquant tour à toui Euripide el Tér<

DES LETTRES ET DES ARTS. 141 Et d'un double théâtre osant doter la France , Dans leur superbe espoir, des Perriers et Raïf Tentèrent d'ennoblir ton langage naïf; Mais en vain. De leur luth tes jeunes mains lassées Par de faibles accords trahissaient leurs pensées. Un jour sans doute , un jour, ô muse des Français, On te verra voler à de nouveaux succès ! Empruntant les atours des vierges de l'Élide, Tu ceindras la tunique et la blanche chlamyde. Ah! puisses-tu bientôt, sur le cothurne altier, Te frayer vers le Pinde un plus noble sentier, Et te montrer enfin , sur ses sommets épiques, Le front resplendissant des palmes olympiques!

Erasme , notre sort est assez glorieux:

Nous plantons, ce palmier qui doit monter aux cieux;

i4> LA RENAISSANCE

Son ombrage sacré couvrira notre cendre.

A de plus grands honneurs npusne pouvons prétendre;

Qu'importe! l'avenir, notre heureux héritiei . Pourra nous surpasser, mais non nous oublier. Seuls, d'un jour immortel nous aurons vu l'aurore 1

Quand des feux du matin l'horizon se colore,

Le pâtre qui s'éveille entend, dans le sillon,

Gazouiller l'alouette, et crier le grillon;

Les eaux," les bois, les fleurs, par un léger murmure,

Semblent avec amour saluer la nature.

Plus tard , quand le soleil , sur son char flamboyant,

D'un déluge de feux inonde l'orient,

Le pâtre voit au loin planer l'aigle superbe;

Les chantres matineux se sont caches sous l'herbe.

Il entend s'élever, des bois et des cités,

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