‹ Poèmes populairesChapitre 8 sur 43 · A M. SAINT- M ARC GIRARD IN · texte numérisé non relu

A M. SAINT- M ARC GIRARD IN

De l'Académie française.

Dans le ciel habitaient deux âmes, Deux âmes de petits enfants, Qui voltigeaient comme ces flammes Que les marais livrent aux vents :

Êtres divins, tous deux semblables Par rinnocence et la beauté,

Voyant des choses ineffables Aux secrets de l'étcrnilé.

Avec l'impatient coup d'aile D'oiseaux qui désertent leurs nids, Fiers de leur liberté nouvelle Ils parcouraient des infinis!.

Us allaient d'étoile en étoile, Fendaient l'azur d'un même essor; Et, comme en mer fuit une voile, Voyaient s'enfuir les astres d'or !

Tout autour, masses vagabondes Où s'égare notre raison.

Voguaient, par flotlilles, les mondes, Dans l'océan sans horizon.

LES DEUX AMES. Si

Variant leur course nocturne, Us sondaient l'impalpable éther.

Allant des anneaux de Saturne Aux aurores de Jupiter;

Ils volaient des splendeurs à l'ombre, Des nuits pâles aux jours vermeils, Et s'amusaient d'erreurs sans nombre A vouloir compter les soleils !

Dans ces poussières lumineuses.

Dans ces abîmes de clarté Où blanchissent les nébuleuses ^^ui brillent par les soirs d'été,

Ils écoulaient les harmonies

Que les globes font dans leur cours

S'attristaient sur les agonies Des mondes éteints pour toujours.

Parfois, approchant de la terre, Émus d'un indicible effroi.

Ils plaignaient l'astre solitaire Dans son atmosphère de froid;

Ou bien, ils suivaient la traînée Des comètes aux crins de feu; Et, de la route illuminée, Envoyaient un sourire à Dieul

Un jour, Dieu dit.-œ L'heure est venue; Un sein mortel doit vous nourrir I

Sur terre toute âme est tenue D'aller renaître pour mourir! »

Aussitôt les deux frêles âmes, Dociles aux célestes lois, Dans le sein tremblant de deux femmes Lors descendirent à la fois.

L'une était une jeune reine Qui, souriant à chaque pas.

Gravissait, superbe et sereine, Un des beaux trônes d'ici-bas I

Un peuple attendait le doux être; Le canon, de sa grosse voix, Annonça qu'il venait de naître Un enfant héritier des roisl

Un palais devint sa demeure; On s'écrasait pour l'eatrevoir; Et le poète chanta l'heure Qui vit éclore tant d'espoir !

Et l'or, la dentelle, la soie, Charmaient ses yeux à peine ouverts; On mit dans son berceau la joie, Et dans ses rêves l'univers!

El, par un étrange partage, L'autre mère avait pour abri Les murs nus d'un sixième étage.

Où l'enfant fit son premier cri ;

Il tomba du pays des anges

Au plus sombre toit des vivants :

La charilé marqua ses langes, Et l'admit parmi ses enfants;

Un sein flétri reçut sa bouclie, Des pleurs coulaient sur son sommeil, Un dur oreiller fut sa couche, Un amer baiser son réveil :

Car c'était un fils de la honte, Un pauvre être chétif et laid, Buvant l'outrage et le mécompte Avec chaque goutte de lait.

Dans b berceau qu'elle balance, L'œU fixe et le cœur attristé, La pâle mère a vu d'avance La misère et l'obscurité '

Puis, quand chaque âme ainsi fut née.

Dieu mit un voile à son passé :

— Et c'est alors, ô destinée.

Que ton mystère a commencé!

Près des vitres d'une fleuriste, Une femme, immobile et Iriste, Se tient debout sur le trottoir :

Masque pâle, allure équivoque, Toute la créature évoque Les impurs fantômes du soir!

Mais elle n'est point à son rôle :

Le passant que sa jupe frôle

Lui trouve le front soucieux; Elle est là, farouche, isolée.

Et la vue aux glaces collée Avec un rêve dans les yeux.

On dirait qu'elle a pris racine Devant l'objet qui la fascine Et la force à s'humilier !

La foule passe : elle demeure .

Elle oublie et le froid et l'heure :

Elle voudrait tout oublier!

Mais ce ne sont pas ces merveilles, Ces bouquets à braver les veilles, Ces fleurs peintes qu'on croit cueillii, Ni le feuillage, ni la gerbe.

Ni la perle sur un brin d'herbe, Qui, tout bas, la font tressaillir !

Elle regarde, elle se penche :

Sur un coussin de moire blanche, Qu'un globe de verre défend, Fleurit la couronne sans tache.

Et le bouquet blanc qu'on attache Au sein virginal d'une enfant'

Et la pauvre fille est jalouse :

Elle se mesure à l'épouse :

Et c'est le cœur épouvanté Qu'elle couve, d'un œil étrange, La couronne de fleurs d'orange L'auréole de pureté !

Page 1