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SOUS-PRÉFECTURE

A Francis Jammes.

Quelques maisons ont Tair de gravir le coteau ; D^autres sont dans les prés, paresseuses, assises ; Le groupe du sommet regarde au loin, sur Teau, Dormir les ilôts verts où le courant se brise. La vigne a recouvert la pente, puis, aux toits. Semble monter par jeu pour brandir ses feuillages Et le clocher, priant et grave, de sa voix.

Règle, suivant les jours des existences sages.

Ainsi, toute mirée au fleuve qui l'enlace, La ville entend couler son immense chanson Et Técoute, on dirait, appuyée, un peu lasse D'ouvrir ses volets sur Timmuable horizon.

Parfois, venant des mers chaudes, des Amériques, Passent, gagnant le port, les paquebots géants Des " Messageries Maritimes '*, noirs et lents, Dédaigneux d^avoir vu les choses exotiques Dont les vieux font, le soir, des récits aux enfants. Comme un dolent regret s'éplore leur sirène Vers les lointains dorés d'où les porte le flux Et voici que devant leur pays ils n*ont plus Que de Tennui pour sa banalité sereine.

Pourtant un charme attendrit mon âme, mes yeux

Quand je suis les détours familiers de nos rues,

Quand, pour respirer un jardin silencieux,

Je me penche aux barreaux des grilles vermoulues.

Les vieux murs ont aussi des sourires secrets ;

J'aime la guêpe en or qui s'accroche à leurs. pousses,

Le lézard et sa fuite au creux profond et frais,

Le chemin des escargots qui luit sur la mousse.

Je m'asseois dans l'ombrage oscillant des tilleuls,

La place verte à l'air d'être mon propre rêve

Et quel sentiment m'y saisit quand, voix en deuil,

Cigitized

La cloche du couvent dit que le jour s'achève. L'Hôtel de Ville et son grillage dédoré, Le Tribunal orné d'un fronton d'ancien Temple, Les escaliers usés pour descendre au marché, L'Eglise, son cadran d'où l'heure tombe et tremble Sont d'humbles amis résignés auxquels il semble Que je suis, chaque jour, un peu plus attaché.

On dit qu'il est là-bas, au bout du fleuve jaune

Et lourd, des mers et des pays aux ciels heureux

Et quelquefois j'en rêve en m'attristant, curieux

De les connaître, mais si quelque jour me donne

D'y goûter l'aube pure et le frisson du sqir,

Je ne saurais en rentrant du voyage, voir

Monter dans le matin le coteau et sa vigne

Sans qu'au fond de mon cœur tout mon passé se signe

Sans que sur les genoux, je ne me laisse choir.

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