QUATRIÈME TSAUME DE EA PÉNITENCE
ARGUMENT
Ce Psaume, si propre pour la pénitence, et pour exprimer la contrition du cœur, fut composé par David devant les trois précédents, puisqu'il le composa aussitôt que Nathan lui eût reproché son crime et son silence. C'est ici cette confession publique dont parle le 6^ verset du Ps. xxxi. David y fait éclater partout là vive contrition diin pénitent véritablement touché du remords de son crime. Il implore le secours d'une miséricorde abondante pour être lavé de son péché. Il le reconnaît, il le confesse; il l'impute à la faiblesse et à la corruption de sa chair. Il avoue sa tristesse et son affliction, et prie Dieu de purifier si bien son cœur, qu'il soit aussi pur que s'il venait d'être créé. Il demande jusqu'à trois fois des forces pour rendre son esprit victorieux de sa chair, et promet que si Vexemple de son péché a corrompu quelqu'un, Vexemple de sa conversion édifiera. Il montre ensuite comment Dieu préfère la contrition du cœur à tous les sacrifices; et après avoir prié pour le rétablissement des murs de Jérusalem, il y promet à Dieu des sacrifices et des holocaustes.
■lJf-^-tJ»-»|»-«ff-^-»|f-l|f4jf-l|f-tJf-^+|f-t|f-tJ*-tJf-^-t|v4|f4|t4|f-tJf4jf^
Miserere met, Dcus, secundum inagnam misericordiani tiiam.
Ayez pitié de moi, mon Dieu, selon toute l'étendue de votre miséricorde.
SONNET
Nu, dépouillé de tout, honteux de ma misère, Kt chargé du fardeau de mes iniquités, Mais percé de regrets, et sûr de vos bontés, Lâche et prodigue enfant, je retourne à mon l^ère.
Mes crimes mit armé votre juste colère :
Il n'est point de tourments qu'ils n'ayent (1) mérités;
Arrêtez donc T éclair de vos yeux irrités.
Et ne regardez plus que ma douleur amère. -
Par le vif repentir dont mon cœur est brisé.
Que le vôtre, mon Dieu, soit enfin apaisé.
Si mes péchés vsont grands, votre l)()nté les passe.
Oui, de tous mes forfaits je conçois la grandeur; Mais à tout leur excès mesurez votre grâce Et soyez plus clément que je ne suis pécheur.
1 Pi-ciinru-f.^ (,',-yp)if
Et secundum multitmlinem miseralionum tuaruni delc iniqui tatem meam.
Et pai' l'excès de votre clémence, effacez mon iniquité.
SONNET
Si je ne regardais que mon énorme offense Et de votre courroux le terrible pouvoir. Dans les affreux transports dun mortel désespoir, Je ne cherclierais plus qu'à fuir votre présence.
Mais je le sais, mon Dieu, votre grâce est immense; Elle prévient mon âme, et me fait concevoir Que le plus grand pécheur rentrant dans son devoir Peut sur elle fonder une vive espérance.
Sur un cœur pénitent faites donc éclater Ces immenses bontés dont j'ose me flatter : Que votre bras puissant me tire de l'abîme.
Embrasez de vos feux ce cœur encor glacé. Et nettoyez si bien l'ordure de son crime. Que jusqu'au souvenir tout en soit effacé.
Ainpiius lava me ab iniquitate meci^ et a peccato mco munda
me
Que l'abondance de vos grâces lave mon offense, et qu'elle nettoie mon péché.
SONNET
Tel qu'un paralytique au bord de la piscine, Je fais j[K)ur m'y plonger d'inutiles efforts; Perclus, on me verra demeurer sur ses bords Si contre mon j^éché votre courroux s'obstine.
Pour le laver. Seigneur, que votre main divine D'un salutaire bain m'ouvre tous les trésors; Et vous rendant sensible à mes cuisants remords. De mes iniquités arrachez la racine.
Lavez-moi dans les eaux de ce céleste bain Qui seul ôte du cœur jusqu'au dernier levain Du funeste poison dont l'âme est corrompue.
Purifiez ce cœur que vous avez louché.
Et rendez-lui si bien sa netteté perdue Qu'on n'y retrouve plus la trace du péché.
Qiionîani iniquitatcni nicain ego cognosco^ et peccatuni ineuni contra me est semper.
J'en reconnais toute l'énormité, et lliorreur qxie j en ai conçue me le met conlinuellement devant les yeux.
SONNET
Mon cœm' esl corrompu, je connais sa malice; C'est en vain qu'à vos yeux je voudrais l'excuser. Si mon vif repentir manque à vous apaiser. Rien ne peut me sauver d'un affreux précii)ice.
Souffrez donc que mes pleurs arrêtent le supplice Qu'un juge que j'offense a droit de mimposer : C'est l'unique rempart que je puisse opposer Aux traits qu'a préparés toute votre justice.
Cependant je suis faible, et sans cesse je voi Mon superbe péché s'élever contre moi; Sous ses fers asservi, je languis, je soupire.
Je l'ai devant mes yeux, cet indigne péché; Je le déteste et sens son tyrannique empire. Quand du fond de mon cœur le verrai-je arraché?
Tibi soli peccavi, et mctluin coram te feci; ut justifîceris in scrinonibiis tuis et vincas qiiuni jiidicaris.
C csl contre vous seul et devant vous seul que j'ai péché; mais, par le pardon de mon offense, justifiez la vérité de vos promesses, et triomphez des faux jugements que les hommes pourraient faire de vous.
SONNET
Dans l'aveugle fureur de mes vœux criminels, Quand iu^^rat et sans foi j'ai commi^ une offens<\ Je n'ai point redouté votre sainte présence, Et lâche je craignais les regards des mortels.
Mon audace profane aux pieds de vos autels Sans crainte, sans respect, portait mon insolence, Et cherchant pour pécher et l'ombre et le silence, Je croyais échapper à vos yeux éternels.
Mais gravez dans mon cœur vos divines paroles : (Juelles domptent l'orgueil des jugements frivoles. Qui dans ce faible cœur s'oppose à votre loi.
De ces égards humains confondez la malice, Et joignant votre crainte à ma solide foi, Voiis-mriiK^ drsMiMnc/. votre propre justice.
Eccc ciiiin in iniqiiitdfihiis roncrptus siiin^ et in peccatis concepit me mater mea.
Mon iniquité est une suite de la corruption de ma cliair, de cette chair faible que j'ai reçue d'une mère qui m'a conçu dans le péché.
SONNET
Conçu d'un sang impur par une mère impure, Sous le poids de ma chair je me sens accablé; Et formé dans un sein par le péché souillé, De ce sang criminel j'ai pris toute l'ordure.
Je dois donc au penchant d une faible nature Tout ce que mes désirs ont de plus déréglé; Je lui dois les erreurs d'un esprit aveuglé, Qui suit des vains plaisirs la flatteuse imposture.
Ainsi contre le mal qui me trompe aisément, Sans vous. Seigneur, mon âme oppose vainement Tout ce que ma raison peut lui prêter de forces.
L'attrait qui la séduit est si vif et si doux Que j'oublie, en cédant à ses fausses amorces. Les immenses bienfaits que j'ai reçus de vous.
Ecce enim veritatem dilcxisti ; inccrta et occulta sapientiœ tu(c immifcstastî milii.
Mais je me suis attaciié à la vérité que vous aimez, et vous n'avez révélé les mystères les plus secrets de votre sagesse.
SONNET
Oui. Seigneur, T homme en vain par un lâche artifice Cherche un voile imposteur à son iniquité; lui vain sous les faux airs d'un dehors affecté L'hypocrite voudrait déguiser sa malice.
Par un vrai repentir il faut qu'on vous fléchisse.
Vous voulez, vous aimez la pure vérité;
Le publicain s'accuse avec sincérité
Et trouve l'endroit seul à vous rendre propice.
C'est là le grand secret que votre loi m'apprend; Je vois ce qu'elle ordonne et ce qu'elle défend : Si j'y manque, mon Dieu, j'irrite votre haine.
Mais que voire sagesse a des ressorts cachés! Qui s'accuse aux mortels voit sa perte certaine. Ht qui s'accuse à vous voit laver ses péchés.
4».^^^^^^^^^^^^^^^^^^*Jf*Î..Î**J.*Î*4j»4|»4|»«î*^*λ*λ4»
Asperges inc hijssopo et nmndabor ; lauabis ine^ et super nivem dcalbabor.
Répandez -sur moi votre liysope, et je serai purifié; lavezmoi, et je deviendrai plus blanc que la neige.
Dans les saints mouvements d'une humble pénitence Je viens donc à vos pieds confesser mon péché, Et de ses vains objets mon esprit détaché Met dans son roj)(Milii' toute sa confiance.
Ces plem's jyour vous fléchir versés en abondance Vous répondent d'un cœur sincèrement touché : Faites donc que le sang sur la croix éj^anché Soit un liN^sope pur, qui lave mon offense.
Que mes larmes, Seignein-, me soient un bain sacré; Qu'elles soient la piscine où ]non cœur épuré Retrouve les ilouceurs de la grâce éternelle.
Plein d'amour, plein d'espoir, plein d'une vive foi,
Plongez-moi dans ce bain, et la neige nouvelle
Vous paraîtra moins pure et moins ]>lanche que moi.
Aiiililiii luco ilahis (/aiiiluiin cl lailHiani, ci c.rsunalfuni ossa h II m m (lia.
Que ce pardon fasse renaître la joie dans mon esprit, et mes forces abattues seront bientôt rétablies.
SONNET
Sortez de mon esprit, funestes souvenirs Des crimes dont mon âme autrefois fut tachée; D'un Dieu qui me chérit la tendresse touchée Veut qu'une heureuse joie étouffe mes soupirs.
Oui, Seigneur, vous savez de solides plaisirs Remplir enfin cette âme à vous seul attachée; A ses fantômes vains vous l'avez arrachée, Et vos biens attendus bornent tous ses désirs.
Je la vois, dans l'espoir d'une joie éternelle, Attentive à vos lois, à vos ordres fidèle, Pour s'unir à son Dieu faire tous ses efforts.
Ouvrez-moi votre sein, et que ma voix publie Que plus un pénitent conçoit de vrais remords Et plus vous relevez son cœur qui s'humilie.
Psaumes de la Pénitence. 5
^^ *^ ♦^ 4* -^ -^ ^ *^ -^ ■^'- 4* ♦^ 4* -^ H* rt' 'r n- n^ rr ♦i* 4* 4* •♦• ♦$♦ -^ ^ 4* *!♦ --I- 4*
Auci'tc facicm liiam a pcccatis ineis, et omnes iniquitates m cas (lele.
Détournez vos yeux pour ne plus voir mon péché, et effacez toutes mes iniquités.
SONNET
Quel antre ténébreux ou quelle épaisse nue Peut à vos vifs regards dérober un pécheur? Cependant, ô mon Dieu, pour rassurer mon cœur, De dessus mon péché détournez votre vue.
A vos yeux éternels ma faiblesse est connue; Elle me fait trembler et j'en frémis d'horreur : Que je les crains, ces yeux! Ah! de grâce. Seigneur, Qu'ils ne s'enflamment plus d'un courroux qui me tue.
Pénétré du regret des crimes que j'ai faits, C'est de vous que j'attends une tranquille paix : Laissez-vous attendrir en voyant ma misère.
Affermissez l'état de mon esprit flottant, Et touché des élans de ma douleur sincère, Changez en vrai fidèle un pécheur pénitent.
(lor iniuidiiin crca in /7ît', Deus^ et spiriliun rccfuni innoiui n riscrrihiis lucis.
Lrccz en moi, mon Dion, un cœm- qui soit pur, et que je ^c•nte renaître dans l'inlérieiir de mon âme un esprit de reclilude et de justice.
SONNET
En vain contre ma chair mou repentir conteste : Mon cœur contre vos lois fièrement révolté Et vaincu lâchement sitôt qu'il est tenté, Succombe sous l'appât de son penchant funeste.
Qu'il rentre en son néant, ce cœur que je déteste; Que du même néant, Seigneur, votre bonté En tire un sans faiblesse et sans impureté, Et de mes derniers jours qu'il anime le reste.
Renouvelez en moi, Seigneur, en même temps Cet Esprit dont la loi doit régner sur mes sens. Cet Esprit qui nous sert de lumière et de guide.
Qu'il verse dans mon sein ses célestes ardeurs : De ses feux immortels sitôt qu'une âme est vide, Rien ne peut réchauffer ses mortelles froideurs.
68 ♦^ +jf -^ -^ *î* 4» *î* ^ -^ ^ ♦+* ■'î^ 4* ■^ -^ "^ '^ ■^ 4* 4* -^ -^ 4* •»$* -^ *î*- *î* "î* -^ 4* 4*
Ne projicias me a fdcic lint. et spiriluin sancliun tiiiiin ne au feras à me.
Ne me rejetez point hors de votre présence, et ne me privez poiii! de votix Saint Esprit.
SONNET
De vos saints jugements la sévère menace Excita dans mon cœur un trouble furieux; A l'aspect d'un courroux qui fait trembler les cieux, Mon âme est interdite et tout mon sang se glace.
Ah! quand, pour implorer votre i^uissante grAro. J'ose me présenter à l'éclair de vos yeux, Ne me rejetez ipoint comme un monstre (1) odieux, Indigne de paraître à votre auguste face.
Remplissez mon esprit de votre Esprit divin : Que de ses feux sacrés il m'embrase le sein; Avec lui, je puis tout; sans lui, que puis-je faire?
Oui, quelques mouvements que je puisse sentir.
C'est de lui seul que naît la grâce salutaire,
Et sans son pm- attrait, point de vrai repentir.
1. Le manuscrit porte membre ; mais il paraît qu'il faut monstre. Racine n'a pas pris garde à cette méprise du copiste.
Reddc inihi lœtitiain saliitaris tui^ et sj)iritii principali conjirmu me.
Rendez-moi cette joie salutaire que j'ai perdue par mon péolîé, et fortifiez-moi de cet Esprit qui triomphe de la chair.
SONNET
Que l'espoir du salut, qui charme ime âme sainte, Répande de nouveau l'allégresse en mon cœur, Faites que, contemplant l'amour de mon Sauveur, Du plaisir d'être à lui je ressente l'atteinte.
De son sang épanché je vois la terre teinte : Une goutte suffit pour le plus grand pécheur; Mais si de mes forfaits j'examine Thorreur, Que leur terrible aspect me fait frémir de crainte!
Par ce divin Esprit, dont les puissants attraits Font naître dans les cœurs l'innocence et la paix, Dissipez les frayeurs de mon âme tremblante.
Affermissez le mien, rendez-lui sa vertu. Et rassurez si bien ma force chancelante Que jamais le péché ne me voye (1) abattu.